Problématique de l’insécurité : quand l’Etat Haïtien profite de la situation

La circulation entre le centre de la capitale et le grand sud est quasi paralysée depuis plus de deux ans. Et ceux qui tenteraient de traverser Martisssant vont le faire au péril de leur vie. Pourtant, la plupart des gens qui vivent à Port-au-Prince viennent de cette région du pays. Certains veulent aller voir leur famille, mais c’est devenu impossible. Pour la masse populaire, le moyen économiquement plus certain est de voyager dans les bus. Avec cette situation, l’unique possibilité, c’est par la voie aérienne. Une population déjà en dessous du seuil de pauvreté qui n’arrive même pas à se procurer d’1 dollar par jour, elle se voit dans l’obligation de dépenser plus de 200 dollars US pour laisser la capitale.

Face à la situation d’insécurité qui coupe le grand Sud de la capitale haïtienne, rendant impossible la jonction entre ces deux grandes parties du pays, l’État haïtien
profite du problème en prélevant plus de 50 % de taxes sur les vols des petits avions. Sur un vol P-au-Prince/Cayes qui coûtait 82,72 USD, 47,27 USD a été ajouté. D’où le prix du vol 129,99 USD. Pour aller à Jérémie, le prix est passé à 120 USD, P-au-P/Jacmel 100 USD à l’aller. Le billet se vend jusqu’à 250 USD, selon nos données recueillies.

Avec déjà la chereté de la vie qui complique de jour en jour le mode de fonctionnement de la société haïtienne, cela n’empêche pas les autorités haïtiennes de prendre ces décisions. Et le salaire mensuel d’un travailleur sous-traitance n’arrive même pas atteindre la barre de 2000 gourdes par jour, avec 1 dollar américain qui coûte déjà plus de 105 gourdes sur le marché. Donc, dans le trajet aérien actuellement pour un billet aller-retour de Port-au-Prince/Fort-Lauderdale, vous avez besoin de 204 dollars US pour un vol de moins de 2 heures de temps. Alors que la population haïtienne doit avoir 245 dollars US, prix au comptoir pour un voyage de 30 minutes entre Cayes-Port-au-Prince.

Dans la culture politique haïtienne, parfois, on peut se demander au nom de quelles valeurs et de quels principes ou dans quelle mesure, l’État Haïtien arrive à avoir le courage d’étouffer sa propre population en leur imposant injustement des augmentations de taxe sur certaines activités vitales liées au mode de fonctionnement de cette société ? En examinant ce comportement machiavélique, on peut comprendre que cette pratique est inspirée des diverses tendances politiques depuis 2004 qui arrivent à légitimer cette perspective d’ingérence discrète pour assurer par la suite  interventions plus musclées sur les activités de politique intérieure et de la commercialisation.

Comme nous le disons chaque jour, « sa k pa bon youn, li bon pou yon lòt ». L’Etat haïtien peut se vanter d’avoir transformé ce dicton en « sa k pa bon pou popilasyon an, bon pou pouvwa a ». Chaque jour qui se passe, la gangrène de l’insécurité se répand de plus en plus en Haïti. Les assassinats et enlèvements contre rançon menés par des gangs jouissant d’une quasi-impunité se sont multipliés.

À Martissant, les autorités publiques et policières sont devenues inefficaces dans leur stratégie, alors que ce lieu est situé à quelques centaines de mètres du palais national. La violence et les affrontements armés à Port-au-Prince ont entraîné le déplacement d’environ 19 000 personnes au cours de la fin de l’année dernière. Des familles avec de jeunes enfants, des personnes handicapées et d’autres personnes vulnérables font partie de celles qui ont été violemment chassées de chez elles ou contraintes de fuir pour se mettre en sécurité.

Il est donc communément admis que le vice de l’Etat haïtien résulte d’un mouvement intérieur vers le mal et s’extériorise dans des actes qui, répétés assidûment, forgent une mauvaise habitude sur la perception de la société haïtienne. Ainsi, on dira d’un tel vice sur le plan politique résumant par là sa dépravation de la situation sécuritaire en Haïti, qui constitue une fortune à l’Etat affiche ouvertement par dépit ou le désespoir de la population haïtienne. Si on dépasse les acceptions qu’on est en train de vivre dans cette société, le vice est plus profondément un mode d’agir qui participe au problème du mal de la population.

Et, les dernières violentes manifestations dans la ville des Cayes expliquent tout. L’état ne cherche pas à améliorer la situation calamiteuse de cette population, mais en profite pour augmenter les prix des vols des petits avions en prélevant plus de 50% de taxe. Peut-être que les autorités sont en faveur de la population pour les frustrer et les pousser à prendre leur destin. Car cette population semble s’adapter à tout, même à cette augmentation féroce des prix des vols.

Les répercussions de cette situation sont énormes. Les gens sont tous dans la peur sur ce territoire. Selon le CARDH, le taux de kidnapping en Haïti est augmenté de 58.45%. En 2021, on a enregistré plus de 142 cas de kidnapping; pour seulement les trois premiers mois de l’année 2022, on est déjà à 225 cas. Le PM Ariel Henry qui avait promis dès ses deux premiers mois à la tête de la primature la stabilisation de la situation peine à donner les résultats. La population cherche donc à tout prix à fuir le pays par tous les moyens, car l’Etat ne lui donne pas d’autre choix. Et selon le dernier rapport de l’agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) plus de 8 456 migrants incluant Haïtiens et Vénézuéliens cherchent à franchir le désert de Darien entre janvier et février 2022. Le risque de mort et de viol en traversant ce désert est très élevé.

En fait, dans les vols aériens pour le moment, si quelqu’un laisse la capitale haïtienne avec une petite valise de voyage, il devra dépenser environ 30 dollars US sans oublier le prix de départ qui est évalué à 130 dollars US. Pour vol aller-retour, vous avez besoin de 250 dollars US, si cette valise de voyage est encore incluse dans le voyage aller-retour, la totalité sera évaluée à 310 dollars US pour le trajet Cayes/Port-au-Prince. C’est pratiquement une sorte de violence populaire engendrée par la situation d’insécurité que vit la République. Le salaire des citoyens n’est pas en dollars, mais leurs trains de vie sont estimés en US.

Max R. Shoewer LUBIN

Max R. Shoewer LUBIN

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