Dantò Pleura : un chef-d’œuvre de Rolaphton Mercure

Le saviez-vous ? La poésie demeure aujourd’hui l’un des outils les plus puissants pour voyager à travers le temps. Rolaphton Mercure, comédien, acteur et metteur en scène, nous invite dans son dernier recueil paru en juin 2025 aux Éditions Unicité, intitulé Dantò Pleura. Ce livre est une conversation qui saigne à l’amour :

« À l’exposition de ton corps graffiti je deviens mur sur rue L’amour est mégot Communauté du bonheur »
Par un langage soutenu, le poète réinvente l’amour, le grave sur la feuille comme une empreinte d’ADN.

Une poésie sensible et mélancolique

Pour les amoureux de la littérature, écrire est une femme qui se coiffe devant son miroir. Mercure, lui, courtise la nature en démontant chaque phrase, en explorant l’invisibilité, là où il est difficile d’écrire mais possible de séduire. Il plonge dans l’imaginaire du verbe et nous offre une poésie sensible, touchant chaque mot avec des arguments mélancoliques, sensuels, et une diversité qui embrasse le vide et le mal du pays.

« J’ai laissé le temps aujourd’hui Je suis parti à perte de vie Loin Qu’importe le soleil que ça prendra Je marcherai dans les flammes Amoureux Jusqu’à ce que je devienne une torche ».

Dantò Pleura résonne comme une chorale chanté par des adolescents, dans des communions où la foule se presse pour renouveler son avenir après la prière du père, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Des âmes anciennes se rassemblent sous le pouvoir du panthéon vaudou :

« Je veux la mer à boire Comme un possédé qui mâche des tessons Béni soit l’éternel Linglinssou Les anges gris et leurs supports Les fantômes du saint sépulcre L’orchestre de l’armée céleste La catéchèse Les chapelets anaux des chapelles »

Rolaphton, un poète engagé

Rolaphton Mercure est un poète qui saigne et se révolte face aux bruits de l’insécurité qui ravage son pays natal. Dantò Pleura devient pour lui un moyen de s’exprimer, un hommage vibrant à ses ami·e·s journalistes tombés sous les balles.
« Pure beauté n’est que perte de vue Bleu macchabée »
Sa parole sociale et révolutionnaire nous donne la chair de poule. Elle nous transporte vers un temps où la vie était belle, mais aussi mélancolique. Le poète, blessé à l’intérieur depuis la nuit des temps, évoque l’assassinat du journaliste Jean Dominique, le 3 avril 2000 :
« Soleil sous aisselle gauche Je fais don de main droite au poème »

Dans cette œuvre, Rolaphton boit, rit et pleure. Il danse pour ne pas se laisser emporter par la tristesse.

Dantò pleura raconte et honore chaque mémoire, chaque territoire perdu : l’épanouissement, la vie nocturne, les fragments d’une Haïti blessée. Si les poètes ne marchent pas vers l’introspection, Rolaphton, lui, voyage avec tout son être. Il nous fait croire que la poésie n’est pas seulement un corps vivant, mais aussi une mort qui se réincarne, une flamme qui refuse de s’éteindre.

Valery Gerome

Valery Gerome

Valery Gerome

Rédacteur en chef Wosinyol Info .

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