En pensant à 1946, Haïti : la main blanche, n’est-elle pas un outil omniprésent (pour le meilleur ou pour le pire) dans notre vie de peuple ?

Harold Domond, chroniqueur senior à la grande dame des radios, la RTVC22, a pour habitude, dans ses animations de matchs de football, de répéter : « encore un bleu… un autre bleu… il y a un bleu… », pour illustrer la domination de Manchester City, par exemple, avec son jeu de passes à onze.

Il m’arrive de croire parfois qu’Haïti ne peut pas exister sans les blancs, cette race qui se croit supérieure aux autres, les impérialistes, maîtres d’un monde pourri.

Pas besoin de remonter jusqu’à la genèse pour expliquer comment ce pays, avec un tel nom, Haïti, et ce peuple mosaïque, à la peau foncée, est né. Vous le savez sans doute : cela est dû aux blancs — Italiens, Espagnols, Français, pour ne citer que ceux-là. Et même si l’on décidait de commencer à partir de la dernière lutte pour accoucher notre indépendance, encore là, il a fallu que le fameux blanc, Bonaparte, choisisse d’arrêter Toussaint Louverture, provoquant l’union des bossales et des affranchis pour viser ensemble la liberté ou la mort. Merci blanc.

Parler de 1946 en Haïti, c’est évoquer une grande mobilisation des forces vives du pays, protestant contre certaines décisions du président de l’époque, en l’occurrence Élie Lescot, qui fut renversé. Mais quelle fut la base de cette révolte, à la veille de la guerre froide (1947-1991) ?

Pour éviter la redondance, je vous invite à lire un texte sur OpenEdition Books : Chapitre 6. La crise de 1946 : Résurgence de l’État néopatrimonial haïtien et dysfonctionnement total des institutions de l’État post-occupation.

L’auteur y détaille l’occupation américaine (1915-1934), période marquée en 1929 par la première lutte estudiantine, jusqu’à l’arrivée de Lescot comme président. Parmi ses décisions contestées, la dernière goutte d’eau fut l’interdiction de l’hebdo La Ruche, journal de gauche des étudiants. Le 7 janvier 1946, jour de rentrée scolaire, une grève éclata, suivie de protestations qui portèrent fruit : Lescot fut démis de ses fonctions et remplacé par Dumarsais Estimé.
Intéressons-nous au journal La Ruche, dernier pion mal utilisé par le président, qui servit d’aiguillon pour précipiter sa chute. Là encore, il y a du blanc… (en bien comme en mal, il y a toujours un ou des blancs). Pourquoi un journal haïtien, diffusé en Haïti, portait-il ce nom ?
En fouillant, j’ai trouvé ceci : Le journal haïtien La Ruche (1945-1946) était l’organe de la jeunesse révolutionnaire, fondé par Gérard Chenet, René Depestre, Jacques Stephen Alexis et Gérald Bloncourt, lié au mouvement surréaliste et à André Breton.
Mais ailleurs, j’ai découvert qu’un journal français du même nom existait depuis 1890, d’obédience bonapartiste, fondé par le Comte d’Ornano. Il joua un rôle majeur dans le développement du camp bonapartiste en France.
Maurice Sixto disait : « certaines coïncidences sont des signes ». Alors pourquoi cette similitude entre La Ruche haïtienne et française ? Peut-être que, pour une fois, nous les avions devancés, car plus tard, en avril 1946, la France connut aussi son mouvement étudiant avec le Congrès de Grenoble et la Charte de Grenoble, redéfinissant l’étudiant comme « jeune travailleur intellectuel ».

En pensant à 1946, ce grand mouvement initié par des jeunes écoliers et étudiants, beaucoup se demandent aujourd’hui : sous ce ciel menaçant, cette terre crevée, ce temps incertain que nous vivons en Haïti… pourquoi ne pas refaire un autre 1946 ?
Certains disent que le temps n’est plus le même. D’autres affirment que les jeunes manquent d’engagement idéologique. D’autres encore ajoutent que le drapeau de la fierté patriotique est à demi-mât. Moi, je me demande : est-ce que tout cela ne dépend pas encore des blancs ? Car je vois souvent les sanctions du Canada et des États-Unis s’abattre sur Haïti, contre des politiciens et des membres du secteur économique. Comme une petite arrestation de Toussaint Louverture en 1802, qui pourrait servir de déclic à une nouvelle union des masses et des élites pour affronter les blancs.

Peut-être attendons-nous une faute plus intense de leur part.

Bwapiwo

Caricature:Francisco Silva

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