Que peut la philosophie pour Haïti?

Une interrogation qui paraît simple, mais qui charrie une masse énorme de gymnastique cérébrale. Voyons d’abord la vie à travers ce binôme « matière et pensée ». C’est une union complexe de la matière (corps physique) et de la pensée (esprit/conscience), structurée par l’organisation biologique. Elle se définit comme une matière capable de se modeler et de se reproduire. Philosophiquement, elle est une matière pensante (ou matière organisée) qui évolue, apprend et crée, dépassant la simple matière inerte pour devenir créatrice de sens et d’action.

Julien de La Mettrie, dans une perspective matérialiste, voit la pensée comme une propriété de la matière. La pensée n’est donc pas séparée du corps, mais une propriété de la matière organisée (le cerveau).
Par cette voie, on comprend que la notion de « philosophie » présente dans la question ne renvoie pas seulement à la discipline scolastique, mais à toutes les formes d’actions humaines qui mobilisent la pensée pour organiser l’espace et le temps.
À travers cette fenêtre, on peut inclure les lois sociétales, la littérature, les textes musicaux, les scripts cinématographiques… En somme, tout ce qui passe d’abord par la conceptualisation.

Il est donc difficile de répondre directement à la question, car ce qui peut empêcher à la philosophie de faire du bien ou du mal à Haïti, c’est encore la philosophie elle-même. Quand on parle de bataille géopolitique, on évoque des nations qui s’affrontent dans une guerre hégémonique pour établir des dominants et des dominés. Déjà, la formulation de ce concept — « Géo », apocope de « géographie », et « politique », manière de conduire une affaire — nous plonge dans une démarche philosophique. À mon humble avis, les deux plus grandes sources des problèmes d’Haïti, sont l’être haïtien lui-même et, surtout, cette problématique qu’on surnomme la bataille géopolitique.
Voilà pourquoi, La réponse à la question posée se trouve donc à l’intérieur même de l’interrogation : que peut la philosophie pour Haïti ? Ce que la philosophie peut contre Haïti.

Mais, épluchons un peu l’oignon pour faire pleuvoir l’œil des cieux.
Sachez donc ces trucs:

  • Yanick Lahens vient de remporter des prix à l’étranger pour son dernier roman, Passagères de nuit. N’est-ce pas une fierté pour Haïti?
  • Quand Anténor Firmin, avec De l’égalité des races humaines, plaide et impose dans la conscience collective mondiale l’idée que tous les êtres humains sont égaux, n’est-ce pas encore de la gloire et de l’honneur pour Haïti ?
  • Au XXe siècle, dans les années 1960, quand il fallait apporter de l’aide éducative à certains pays d’Afrique, des Haïtiens ont été sollicités, comme le père de Marie Laurence Jocelyn, et tant d’autres… Ce fut une pluie bénéfique pour la terre d’Haïti.
  • Mais aussi, lorsque les constitutionnalistes de 1987 ont doté le pays d’une charte portant l’effigie « makout pa ladann », tout en oubliant le reste de la nation, cette conception a semé des graines qui portent encore aujourd’hui des fruits incommodes pour la cité dessalinienne. C’est là une démarche philosophique néfaste pour Haïti.
  • De même, J’accuse, l’article d’Émile Zola publié en 1898 dans L’Aurore au cours de l’affaire Dreyfus, a marqué la société française
  • Raoul Follereau, pendant la Seconde Guerre mondiale, eut l’audace intellectuelle d’adresser en 1955 une lettre aux dirigeants mondiaux, dont Eisenhower et Malenkov, leur demandant le prix d’un bombardier pour soigner tous les lépreux du monde. Cette démarche humaniste visait à réorienter les dépenses militaires vers la lutte contre la détresse humaine
  • Plus récemment, Lyonel Trouillot a écrit une lettre ouverte au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, publiée dans Ayibopost, concernant son refus d’être démis de ses fonctions par le CPT qui l’avait nommé. Tous ces actes sont des fruits philosophiques, dans le sens de la conceptualisation, et non de simples poussées émotionnelles ou de calculs scientifiques.

Pour finir, si l’on renverse la question et qu’on se demande quel est le poids de la pensée face à la matière , en l’occurrence les actes palpables et physiques que peuvent initier les même êtres humains capables de philosopher mais aussi d’agir brutalement —
on se rappellera cette maxime : « Konstitisyon se papye, bayonèt se fè ». Elle nous rappelle la dure dualité de la vie : la raison du plus fort est toujours la meilleure.

BWA PIWO

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