Lionel Andrés Messi Cuccittini, surnommé « Leo » ou « La Pulga », est souvent considéré comme le meilleur joueur de football de tous les temps. Mais cette affirmation mérite d’être discutée.
Le classement de l’IFFHS
L’International Federation of Football History & Statistics (IFFHS) propose un classement des dix plus grands joueurs de l’histoire :
- Lionel Messi 🇦🇷
- Pelé 🇧🇷
- Diego Maradona 🇦🇷
- Cristiano Ronaldo 🇵🇹
- Johan Cruyff 🇳🇱
- Ronaldo Nazário 🇧🇷
- Zinédine Zidane 🇫🇷
- Franz Beckenbauer 🇩🇪
- Alfredo Di Stéfano 🇦🇷/🇪🇸
- Ronaldinho 🇧🇷
Ce classement, que l’on peut apprécier avec ironie, soulève des interrogations. Si Messi n’a été considéré comme le « GOAT » qu’après son sacre mondial en 2022, cela montre bien que la Coupe du monde pèse énormément dans l’évaluation. Mais alors, pourquoi un joueur comme Romário de Souza Faria, champion du monde en 1994 et véritable sauveur du Brésil après 24 ans de disette, n’y figure-t-il pas ? Romário a aussi brisé la malédiction de la Copa América en 1989, puis remporté à nouveau le titre en 1997. Sans oublier qu’il fut élu meilleur joueur du monde en 1994.
Pelé et Maradona n’ont jamais gagné le Ballon d’Or européen, et pourtant ils restent dans ce classement. Cela montre déjà les incohérences de la méthode employée par l’IFFHS.
Point 1 : Affronter les meilleurs pour être le meilleur
Être le « meilleur des meilleurs » suppose d’avoir affronté une génération de joueurs exceptionnels.
• Pelé avait pour contemporains : Di Stéfano, Puskás, Matthews, Fontaine, Yashin, Kopa, Cruyff, Best…
• Maradona affrontait Platini, Van Basten, Zico, Socrates, Baggio, Romário…
• Romário, Ronaldo, Zidane… avaient des adversaires de profil en or.
Messi, lui, a surtout dominé une époque où la concurrence individuelle était moins riche. Ses seuls véritables duels furent avec Cristiano Ronaldo. Les classements du Ballon d’Or montrent bien que, souvent, aucun troisième joueur ne rivalisait réellement avec eux.
Point 2 : Jouer dans le meilleur championnat, au meilleur moment
Messi a brillé en Liga espagnole, un championnat prestigieux, dominé par le Barça et le Real Madrid, qui ont régné sur la Ligue des champions entre 2005 et 2025.
La Premier League est souvent considérée comme plus compétitive, mais les palmarès montrent la domination des clubs espagnols. De plus, la sélection espagnole a connu une génération dorée (2008-2012) qui a remporté Euro, Coupe du monde et encore Euro. Cette dynamique collective a contribué à magnifier Messi, évoluant dans un Barça construit autour de Xavi, Iniesta, Busquets, Suarez, Neymar, etc.
Il faut aussi noter la qualité exceptionnelle de la formation espagnole, visible dans les palmarès des équipes jeunes (U17, U19, U21) des deux sexes durant cette période.
Point 3 : Les règles et l’évolution du football
Messi est un joueur au talent immense, mais il a évolué dans une époque où les règles protégeaient davantage les artistes du ballon.
• Pelé en 1966 fut victime de fautes brutales qui l’ont écarté du Mondial.
• Maradona a subi le fameux tacle de Goikoetxea en 1983, fracture de la cheville.
• Van Basten a dû arrêter sa carrière prématurément à cause de blessures répétées.
• Ronaldo Nazário a vu son genou lâcher après des agressions répétées, notamment en 2000 face à la Lazio.
Messi, lui, a bénéficié d’une protection accrue des lois et des arbitres. En 2010, Thomás Ujfalusi dut s’excuser publiquement après un tacle sur Messi, sous peine d’une suspension lourde. Jadis, de telles sanctions n’existaient pas. Cela relativise la comparaison avec les légendes qui ont joué dans des conditions bien plus rudes.
Conclusion
Messi est un joueur extraordinaire. Mais le titre de « Greatest Of All Time » ne peut lui être attribué sans nuance. Pelé, Maradona, Romário, Ronaldo, Zidane… ont affronté des époques plus dures, des adversaires plus nombreux et des contextes moins favorables.
Comme le dit Pierre Corneille : « À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. »
Messi a triomphé, certes, mais dans un football où les périls étaient moindres.
Post-scriptum
Si l’on considère le talent intrinsèque, Messi reste exceptionnel. Mais peut-on vraiment le placer au-dessus de Pelé, Maradona, Zidane, Ronaldo, Ronaldinho ou Neymar, tous capables de jouer dans diverses positions et de réaliser des gestes extraordinaires avec une facilité déconcertante ?
Comme le rappelle Platon : « Philosopher, c’est apprendre à mourir. » Il faut savoir se défaire de ses émotions pour juger avec lucidité. Et comme le chante Zenglen : « Pou w opine fòk enfòme, sinon ou pral voye monte… »