La beauté est belle, et parfois se relève tres dangereuse aussi…
Tard dans la journée du dimanche 15 mars 2026, j’ai été invité par un ami invité, à une pendaison de crémaillère dans la commune de Pétion-Ville, précisément à Thomassin 28.
Une fois arrivé, je me suis senti comme à bord du Titanic, particulièrement lors du dîner auquel participait Jack Dawson, quand Rose DeWitt Bukater lui conseilla de partir pour éviter la séance intime entre les nobles qui allaient se vanter de leurs prouesses et exhiber leur position sociale…
Et voilà, dommage pour eux : tout cela ne pouvait pas les empêcher de couler avec le grand navire.
Manno Charlemagne, aide-moi avec ta chanson intitulée Òganizasyon mondyal :
• Yo fè reyinyon
• Yo pale, yo ranse
• Devant vè chanpay
• Bon diven enpòte
• Se la sa rete
Avons-nous la possibilité de faire autrement, nous, êtres lettrés haïtiens ?
À mon humble avis, non. Parce que nous avons été bernés par le beau.
Qu’est-ce que le beau, en ce sens-là ?
Il est presque impossible, quand on a suivi le rythme scolaire (environ 14 ans à l’école classique, puis pour certains bac +1, +2, +3, +4). Nous avons été formatés par le système établi par les Occidentaux.
À la petite fête, une démarche habituelle, point central de la vie du maître de maison : le débat.
Sur quoi ? Haïti.
Le format ? Compétition de lecture. Faire valoir le nombre de pages feuilletées… (Jouk kilè papa Chantoutou ap resi wè Ti Sentaniz nan gwo liv l ap li yo ?)
Regarder la nation haïtienne à travers l’histoire et la sociologie pour tenter de comprendre son présent, voilà de quoi il s’agissait.
Mais, dommage pour moi, la chevauchée répétée respectait doctrinalement la ligne universitaire.
Déjà, la majorité des personnes présentes dans cette agora étaient liées par les facultés qu’elles avaient jadis fréquentées. Moi, je suis hors de cette plaque-là.
Quand je pense Haïti, les notions historiques et sociologiques m’intéressent simplement pour essayer de comprendre l’être haïtien. Pourquoi sommes-nous ainsi, ici ?
Car, pour moi, la politique en tant que moteur de gestion de la cité n’est pas figée. Elle s’adapte au temps et aux circonstances. Aujourd’hui, la dominance des gangs dans le pays est plutôt liée à des questions factuelles : le capitalisme piloté par la vente de drogues (de Colombie aux États-Unis, transitant par Haïti…) et la vente d’armes dans les Caraïbes, dont des marchands américains ont le monopole. Bien sûr, notre histoire peut nous aider à comprendre pourquoi, en tant que peuple, nous sommes si vulnérables. Mais la réalité a des causes contraires.
Voilà pourquoi la notion de l’être humain, la bataille géopolitique, le poids du système capitaliste… sont souvent les points de mes regards sur Haïti.
Manno encore :
• Pou chyen ayisyen k ap di yo kiltive
• K ap fè komès ak mizè refijye
• Nan inivèsite nou voye yon plòt krache
En Haïti, je trouve que ceux d’entre nous qui sont abonnés à l’école ont été bernés ou piégés par la beauté occidentale sur le plan scolaire. Ce n’est pas l’école qui a créé la vie, ce sont des gens de la vie qui ont créé les écoles. Ce n’est pas l’école qui a créé les ressources terrestres, quoique plus tard ce sont des écoles qui les exploitent. Ce n’est pas l’école qui a créé l’intelligence, ce sont des intelligences qui ont créé des écoles.
Ce que je veux dire, c’est qu’il est odieux de la part de ceux qui s’estiment intelligents dans une société de vouloir toujours réduire la vie aux notions et schémas que l’école leur a appris.
Qui, aujourd’hui en Haïti, tout en étant instruit par le système scolaire occidental, peut prendre du recul pour regarder la vie et Haïti au présent, par rapport à la dynamique évolutionniste qui impose à chaque époque ses peines ?
Oui, nos histoires précoloniales, l’esclavage, la guerre de l’indépendance, la mort de Dessalines en 1806, l’occupation américaine (1915-1934), la révolution de 1946, la période des Duvalier, etc. sont des moments importants. Mais ces moments-là permettent-ils au pays d’avancer en les remuant sans cesse, alors que le monde parle aujourd’hui d’armes nucléaires, de changement climatique, de BRICS face aux pétrodollars, de monde multipolaire, de LGBTQ, d’intelligence artificielle, de bases militaires américaines présentes partout ?
La meilleure interrogation aujourd’hui est : comment Haïti doit-elle se positionner face à la nouvelle dynamique mondiale ?
Comment réduire l’ingérence étrangère, particulièrement américaine, dans la cité ?
Sinon, nous aurons des hommes et des femmes très diplômés, mais toujours un pays sans défense ni attaque. À quoi bon être fier d’être cadre, maître, intellectuel… dans une cité balante, sans protection ?
“Konstitisyon se papye, bayonèt se fè…”
On se trompe grandement si l’on pense que les savoirs dans la tête suffisent pour rendre une société prospère et respectée.
Il nous faut des choses concrètes : des armes, une vraie armée, des ressources naturelles exploitées par l’État, du commerce sur le marché international, des positions stratégiques dans la géopolitique.
Sinon, soit Jean Jean Roosevelt nous dit : Taisez-vous !
Ou Beethova Obas
nous balance : Ase babye.
Dessin:Mario Vilvalex