Avec Furieuses, Rolaphton Mercure signe une pièce née d’un souvenir d’enfance marqué par un féminicide. Dans un tissage subtil de mémoire intime et de création dramatique, il interroge les fractures du présent tout en affirmant un engagement artistique mûrement réfléchi. Fort d’un parcours pluriel (du rap au slam et de la poésie au cinéma), Mercure déploie une écriture en constante mutation, où chaque scène devient un véritable espace d’expérimentation.
En 2003, alors qu’il sortait de l’école, une scène brutale s’est imprimée dans sa mémoire : un féminicide, aperçu sous ses yeux d’enfant. Devenu adulte, il n’a trouvé que des rumeurs pour expliquer ce drame. Alors, il a entrepris un travail de reconstruction : trier les fragments, recomposer l’histoire, changer des noms, prendre des libertés. De ce geste est née Furieuses, une dramaturgie où la mémoire personnelle se mêle à l’imaginaire collectif.
« Je reviens toujours à moi-même quand je veux toucher l’autre », confie-t-il. Écrire à l’encre de l’intime pour converser avec l’universel : partir des traumas de l’enfance afin de dénoncer les fractures du présent.
Mais l’écriture, pour lui, ne se limite pas au texte. Comédien, il se dit convaincu que la mise en scène appartient à un autre regard. « Quand j’écris, j’évite de penser à la mise en jeu du texte, c’est un frein. Quoique je suis aussi comédien… Mais je crois que l’empathie est la clé. »

Son parcours artistique est pluriel : rap, slam, cinéma, comédie musicale, radio. La poésie, jamais trop loin, irrigue chacune de ces disciplines. Le défi reste la sublimation : transformer l’énergie brute en matière dramatique. « Chaque discipline apporte son cadre, à l’artiste de respecter les limites… ou pas. »
Pour lui, l’art ne peut être dissocié de l’engagement. « Il n’y a pas d’art sans engagement », affirme-t-il avec conviction. Furieuses marque un point de rupture : différente des précédentes, elle évolue sans cesse, scène après scène, dans sa structure narrative et son schéma dramatique.
Et déjà, il regarde plus loin. Un projet titanesque l’attend : une fresque en cinq volets, une pentalogie prévue pour 2028. « Souhaitez-moi bon courage et bonne chance », lance-t-il, mi-sérieux, mi-souriant, conscient de l’ampleur de la tâche.