Actualité 23/09/2026

Au-delà du mirage des prix : Frankétienne, le monument insoumis face au buzz du temps

Au cœur de l’effervescence qui secoue aujourd’hui notre paysage culturel, il est facile de se laisser aveugler par le vacarme des réseaux et le reflet des trophées. Le triomphe médiatique de Thélyson Orélien avec C’était ça ou mourir, propulsé par la machine éditoriale et les

Par BWA PIWO Publié le 23/09/2026 à 08:13
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Au cœur de l’effervescence qui secoue aujourd’hui notre paysage culturel, il est facile de se laisser aveugler par le vacarme des réseaux et le reflet des trophées. Le triomphe médiatique de Thélyson Orélien avec C’était ça ou mourir, propulsé par la machine éditoriale et les plateformes internationales, offre le spectacle séduisant d’une consécration instantanée. C’est le jeu de l’époque : le buzz, le clic, la visibilité globale et l’applaudissement immédiat. Mais face à ce bruit éphémère, nous avons le devoir de mémoire. Il ne faut pas oublier Frankétienne face à toutes ces agitations passagères.
Certes, avec la légèreté des comptables de l’histoire, certains diront que le vieux lion de Bel-Air a « raté son Sombrero ». Le Prix Nobel, ce prix des prix qui aurait dû être la couronne ultime, lui a échappé. Mais ce rendez-vous manqué ne fait pas de lui un second, encore moins un perdant derrière cette nouvelle génération d’écrivains qui jouissent aujourd’hui d’une liberté totale, de la technologie moderne, d’algorithmes puissants et de tremplins internationaux.
À ses débuts, le ciel et la mer de Frankétienne ne sauraient lui offrir de tels privilèges. Il n’avait ni la fluidité des connexions mondiales, ni le confort de l’exil, ni la complaisance des salons littéraires occidentaux. Il était cerné par les murs invisibles et mortels de la dictature duvaliériste. C’est dans cette prison à ciel ouvert, au compte-gouttes et dans l’isolement éditorial le plus total, que ses œuvres majeures ont dû être arrachées au silence. Pour dire l’indicible sous la terreur, il a dû inventer une langue-séisme : la Spirale, le Chaos, l’écriture schizophonique.


Des prouesses monumentales comme Dezafi, Pelen tèt, ou Mûr à crever, et surtout l’esthétique hors-norme de L’Oiseau schizophone, dessinent les contours d’une écriture non ordinaire. C’est cette radicalité pure qui, bien plus tard, a séduit jusqu’aux intellectuels et traducteurs du Japon — ce pays lointain qui a d’ailleurs porté sa candidature au Nobel.
Ces accomplissements démontrent que la poigne et le poids d’un créateur doivent se mesurer sur la durée et sur sa capacité à ouvrir de nouvelles fenêtres dans le champ artistique. C’est cela qui confère un véritable statut de référence, et non un mimétisme littéraire qui joue au zoo pour le seul bonheur des maîtres de cages.

La victoire d’un créateur ne se mesure pas aux outils logistiques de son époque ni aux médailles de saison distribuées par l’Occident. Saluons les succès du présent, mais sachons faire la différence entre la rumeur d’un automne et l’éternité d’un phare. Frankétienne n’a peut-être pas le palmarès officiel des institutions, mais il a la souveraineté absolue d’avoir enfanté l’imaginaire moderne d’un peuple, là où d’autres ne font que traverser sa vitrine.

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