Actualité 03/10/2026

L’ÉCHO DES SOUFFLES RETAINSEURS : À CARACOL, LE WOUMBLE DE LA DIGNITÉ ET DE LA RÉPARATION

Du 30 septembre au 4 octobre 2026, la terre historique de Caracol, dans le Nord-Est d’Haïti, est le théâtre d’un rassemblement fondateur : un Woumble national dédié à la restitution et à la réparation. Entre mémoire blessée, reconnexion spirituelle et exigence de justice historique, des

Par James Francisque Publié le 03/10/2026 à 10:20
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Du 30 septembre au 4 octobre 2026, la terre historique de Caracol, dans le Nord-Est d’Haïti, est le théâtre d’un rassemblement fondateur : un Woumble national dédié à la restitution et à la réparation. Entre mémoire blessée, reconnexion spirituelle et exigence de justice historique, des délégués venus des dix départements du pays s’unissent pendant quatre jours pour refonder le contrat social haïtien et porter haut la voix des oubliés.

L’ANCRAGE ESPIRITUEL : LA LAME DE FOND DE LA MÈRE-PATRIE

Avant que la parole ne se fasse doctrine, elle s’est faite souffle. Le rassemblement a ouvert ses portes dans la pénombre sacrée d’une cérémonie mystique, véritable pèlerinage aux sources de notre être ontologique. Face aux stigmates du temps et aux brisures de l’histoire, les délégués issus des dix départements de la République ont invoqué la mémoire des ancêtres, recherchant dans la terre et dans l’esprit l’énergie primordiale nécessaire à l’accomplissement des grands combats. Dans cette contrée du Nord-Est, Caracol est devenu le réceptacle d’un humanisme profané qu’il s’agit de réhabiliter. Car la réparation, avant d’être une équation financière ou une diplomatie d’État, est une guérison de l’âme collective. C’est le rappel vibrant de notre mounité : cette vérité fondamentale, inscrite au cœur de l’ontologie haïtienne, selon laquelle toute personne est une personne, sans hiérarchie ni exclusion. Autrement dit, ” Tout moun se moun, pa gen moun pase moun”.


QUATRE JOURS POUR REPASSER LE FIL DE L’HISTOIRE

Le lancement officiel des travaux a ouvert un parcours de réflexion intense de quatre jours. L’initiative, portée par des figures engagées telles que Nixon Boumba et Colette Lespinasse, s’assigne une mission cruciale : arracher la question des réparations aux seuls salons intellectuels pour l’enraciner au cœur du peuple souverain. Paysans, ouvriers, commerçants, vodouisants — ceux-là mêmes qui portent au quotidien le fardeau des injustices économiques et sociales — prennent enfin place autour de la table.
Le programme des ateliers s’articule autour de trois temps forts :
La clarification conceptuelle : Redéfinir la restitution non comme un simple solde de tout compte, mais comme une relecture intégrale des préjudices subis depuis la Traversée, la dette d’indépendance de 1825 et l’occupation américaine.
L’analyse des torts et des responsabilités : Interroger les structures d’oppression, prendre conscience des traumatismes transmis et affirmer le rôle moteur des victimes dans le processus de libération.
La feuille de route stratégique : Élaborer des actions concrètes, durables et maillées en réseaux, capables d’exercer une pression continue tant au niveau national qu’international.


RECONSTRUIRE LE LIEN : LA FRATERNITÉ EN ACTION

Au-delà des débats doctrinaux, le Woumble de Caracol se veut une expérience humaine et mounitaire réparatrice, autour d’un espace de dialogue concret. Dans un pays meurtri par la dispersion et les tensions, le rassemblement propose des espaces de détente, de soins psycho-corporels et d’écoute mutuelle pour apaiser les corps et les esprits éprouvés par la crise systémique. La première journée s’est achevée dans la chaleur d’une soirée culturelle. Sous les étoiles du Nord-Est, la musique traditionnelles, la poésie, les contes et les danses ont rappelé que la culture demeure le rempart ultime contre l’effondrement. Nos racines Mayo, Ibo, Kongo se sont fondues à nouveau dans l’harmonie d’une nation qui se réinvente.


VERS UNE JUSTICIA UNIVERSELLE

En s’inscrivant dans le sillage des mouvements caribéens (CARICOM) et africains, Haïti réaffirme à Caracol sa vocation universelle. La restitution de la rançon de 1825 et la réparation des dommages historiques ne constituent pas une demande d’aumône, mais un acte de justice ontologique. Il s’agit de repenser notre relation à la terre, au vivant et à l’autre, pour bâtir une société équilibrée où le droit et la dignité ne seront plus le privilège de quelques-uns, mais le pain quotidien de tous.

Credit photo:Michel Jean

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