Actualité 05/10/2026

L’habitation de Jacquesil : le point de départ et de terminaison de l’esclavage en Haïti après leur débarquement au Môle Saint-Nicolas

Dans un vague de soleil énergisant, vers 3h PM du samedi 3 octobre 2026, une importante délégation, sous la direction sagacitaire du militant Castin Milostène, s’est rendu une visite mémoriale sur l’habitation de Jacquesyl pour un long voyage historique pour arriver à la destination où

Par James Francisque Publié le 05/10/2026 à 07:09
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Dans un vague de soleil énergisant, vers 3h PM du samedi 3 octobre 2026, une importante délégation, sous la direction sagacitaire du militant Castin Milostène, s’est rendu une visite mémoriale sur l’habitation de Jacquesyl pour un long voyage historique pour arriver à la destination où les colons espagnols avaient établi leurs camoement en 1500.
Sous le ciel incandescent du Nord-Est haïtien, là où la poussière ocre raconte la traversée des siècles, la terre murmure encore les secrets d’une blessure originelle. Il existe dans la petite commune de Caracol des espaces où le temps semble s’être pétrifié sous le poids de la mémoire. L’habitation Jacquesyl est de ceux-là. C’est ici, sur ce périmètre étroit de 74,91 km², ignoré des cartes touristiques mais inscrit en lettres de sang dans la chair du monde, que s’articule l’incroyable paradoxe de l’Histoire : le berceau de la tragédie esclavagiste devenu le tombeau ultime du colonialisme.


Guidée par Castin Milostène, militant chevronné et enfant natif de Caracol, une délégation de délégués venus des quatre coins du pays et de la diaspora dans le cadre du Woumble National pour la Réparation et la Restitution a arpenté ces ruines silencieuses. Entre les pans de murs effrités, les puits désaffectés et l’ombre menaçante du parc industriel moderne, la visite a pris les allures d’une méditation philosophique et tragique sur le destin haïtien.


L’Ancre de la Tragédie : De la caravelle aux chaînes
Pour saisir toute la sacralité et la douleur de l’habitation Jacquesil, il faut remonter à la nuit des temps coloniaux. Après l’échouage de la Santa María en décembre 1492 près des côtes du Nord et le débarquement initial des Espagnols au Môle Saint-Nicolas, la région de Caracol devint l’un des premiers théâtres d’expérimentation du système d’asservissement mondial.
« M te di : gwo woumble sa gen yon gwo pote istorik pou nou. M pa konnen pou ki rezon se isi an nou te chwazi fè l. Men, li fèt yon kote leskavaj te kòmanse. Vèstij nou ap gade la, se latriye vèstij ki te sèvi pou abitasyon kolon yo. Jan m te di a, se la lesklavaj te kòmanse sou tè Ayiti epi tou, se nan Nòdès yo mete fen avèk lesklavaj pou tout limanite. »
— Castin Milostène

L’analyse politique et philosophique de Castin Milostène résonne avec la profondeur dramatique d’une scène théatrale. Ce sol sur lequel reposent les visiteurs fut le lieu précis où les autochtones Taïnos subirent l’extermination méthodique, avant que ne s’ouvre la traite négrière transatlantique. Des millions d’hommes et de femmes, arrachés à la terre mère d’Afrique, furent déversés dans ces plaines pour bâtir la richesse de l’Occident au prix de leur humanité. « Les colons ont détruit le peuple autochtone qui vivait sereinement sur cette île, puis ils sont allés nous déporter d’Afrique pour construire tout ce décor de ruines que nous contemplons aujourd’hui », rappelle M. Milostène devant un mur d’enceinte en maçonnerie coloniale, l’air lourd de solennité.


Les Ruines du Pouvoir : La brique, la pierre et la « Maji »
Au cours de la déambulation, un délégué interroge Castin Milostène sur la nature exacte des constructions dont il ne reste que des fragments de murs. M. Milostène utilise le terme créole évocateur de « mazi » — désignant ces imposantes structures coloniales chargées d’oppression et d’une force historique brute.
« Sa se mazi a, se mazi kay kote kolon yo, yo menm, te rete. Men, nan out, 22 out 1791, mas esklav yo pral revòlte, pandan 13 lanne lagè kont sistèm esklavajis, kont rasis, segregasyonis ak kont kesyon esplwatasyon sou tout resous ki sou tè sa, pou tout limanite te ka louvri wout pou tout lòt pèp kapab di non. Se te yon batay ki te fè sou tèm:Tout moun se moun. Pa gen moun ki siperyè à moun. »
— Castin Milostène

    Mais que reste-t-il vraiment de ces demeures coloniales ? Castin Milostène explique avec amertume l'érosion continue du patrimoine matériel :

Destruction militaire : • L’usure des guerres et des guerres d’indépendance, marquées par les tirs de canons qui ont pulvérisé les toitures et les structures d’origine.
Cataclysmes naturels : • Le grand séisme du 7 mai 1842, qui effondra une immense partie des bâtisses historiques dans tout le Grand Nord.
Spoliation moderne : • Le pillage contemporain, où des habitants de la zone découpent et brisent les pans de murs historiques pour en récupérer les briques rouges afin de reconstruire leurs propres habitations, faute d’alternatives et de conscience patrimoniale.
« Nous sommes venus ici pour voir les plus grands morceaux de mur qui subsistent encore, pour toucher les puits où les esclaves puisaient l’eau sous le fouet. On ne peut pas parler de réparation ni de restitution sans confronter directement cette réalité physique », insiste le guide de Caracol.
La Continuité du Pillage : De la Plantations Dauphin au Parc de Caracol


L’un des moments les plus poignants de la visite survient lorsque le silence retombe sur la plaine, soudain interrompu par le ronronnement sourd et ininterrompu des générateurs industriels. L’habitation Jacquesyl et la zone de Chabert-Perrot jouxtent directement le Parc Industriel de Caracol. Pour Castin Milostène, la spoliation n’appartient pas au passé ; elle s’est simplement métamorphosée. L’histoire du Nord-Est est une chaîne ininterrompue d’accaparement des terres les plus fertiles :
Étape 1 — 1. L’Époque Coloniale : Exploitation agricole intensive à partir des bassins versants d’eaux fertiles descendant vers le littoral.
Étape 2 — 2. L’Occupation Américaine (1915-1934) : L’installation de la triste Plantations Dauphin, où plus de 40 000 hectares (et dizaines de milliers de carreaux de terre) furent confisqués pour la monoculture du sisal.
Étape 3 — 3. L’Ère Contemporaine : L’implantation du Parc Industriel de Caracol sur le site historique de Chabert, convertissant une terre agricole d’alluvions exceptionnelles en zone d’assemblage sous-traitée pour des multinationales.
« Zòn isi an se yon zòn pi bon pou eksplwatasyon, kote moun yo plis fè elvaj… Si nou travèse Chabè, se yonn nan abitasyon zòn… abitasyon zòn sa se zòn ki pi fètill nan komin Twou dinò. Paske li trouve l nan aval… Se sa k fè zòn sa se yon zòn ki konvwate avèk miltinasyonal yo… Sa antre nan kad tout yon politik pou redui peyi a, pou nou menm nou tounen yon veritab konsomatè. »
— Castin Milostène

Charlemagne Péralte et la Profanation Immatérielle
Le spectre du chef Caco sur la terre de Chabert
Le récit atteint une dimension tragique et sacrée lorsque la discussion s’oriente vers la figure héroïque de Charlemagne Péralte. C’est en effet dans cette micro-région de Chabert-Perrot que le leader de la résistance contre l’occupation américaine mena ses derniers combats avant d’être lâché, capturé et assassiné par les Marines américains. « Charlemagne Péralte a été tué et enterré sous une dalle de béton dans une base militaire américaine ici même à Chabert. Ce n’est qu’en 1935, sous la présidence Sténio Vincent, que ses restes ont été exhumés pour être transportés au cimetière du Cap-Haïtien », rappelle Milostène. Mais ce qui révolte le militant, c’est la profanation symbolique qui a suivi :
« Non sèlman jodi an yo vle yo fè piyaj sou resous natirèl yo, sou tè ak sou tout resous nou genyen. Men tou, y ap fè dappiyanp sou resous imatèryèl nou genyen. Paske kote faktori an ye la Pèwo a, se kote Charlemagne Péralte li menm li te antere. Espas lan yo te mete beton sou li a, li la, yo pa kite moun al ladan l… »
— Castin Milostène

Aujourd’hui encore, l’emplacement où a reposé le martyr de la souveraineté nationale se trouve verrouillé à l’intérieur de l’enceinte sécurisée du parc industriel. Un espace sous contrôle des firmes transnationales où le citoyen haïtien doit solliciter une autorisation spéciale pour marcher sur la terre de ses propres héros.
Le Manifeste pour un Mémorial de l’Esclavage à Caracol
Face à cette double expropriation — matérielle et immatérielle —, le Woumble National pour la Réparation et la Restitution ne compte pas rester dans la simple lamentation. La visite de l’habitation Jacquesil s’est conclue par une proposition concrète et ambitieuse portée par Castin Milostène et appuyée par les délégués présents. Puisque Caracol représente le point zéro de la traite transatlantique sur l’île et le lieu de fermeture du cycle de la résistance coloniale, il doit devenir le sanctuaire moral de toute la Caraïbe et des Amériques.
« Isi an nan konmin Karakòl, se yon kote nan kad mouvman sa, pou ta genyen ak pou n ta gen sa nan projè nou, pwiske se la lesklavaj te kòmanse. Nou ta dwe pou n ta gen yon memoryal lesklavaj ki konstwi isit la, nan projè reparasyon ak restitisyon kote nou menm n ap pale a… L ap make tout zilea, ni pati Repiblik Dominikèn ni Ayiti. »
— Castin Milostène

L’Écho de l’Humanité Retrouvée
Alors que la délégation s’éloigne vers le puits historique où les ancêtres puisaient l’eau de leur survie. Toutefois, il est bon de signaler: « L’Histoire n’est pas un tombeau fermé, mais une conscience vive qui réclame justice ». La bataille pour la réparation d’Haïti ne se réduira pas à des chiffres ou à des compensations financières platoniques. Elle commence par la reconquête de la terre, la préservation des ruines sacrées de Jacquesyl et la réappropriation du destin national. À Caracol, sur cette terre d’alluvions imbibée de larmes et de sang, les délégués du Woumble ont réaffirmé la leçon ultime de la révolution de 1791 : Tout moun se moun — aucun être humain n’est supérieur à un autre, et aucune dette historique ne sera oubliée.

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