Actualité 09/10/2026

Attaque placée de l’attaquante de Jérémie

« Qu’est-ce que tu aimes le plus au lit, avec moi, pendant nos parties de jambes en l’air ? »La question de Jessica fusa à travers le haut-parleur, vibrante et sans filtre. Dans la cabine de bureau du ministère, le temps s’arrêta net. Rony sentit

Par BWA PIWO Publié le 09/10/2026 à 05:28
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« Qu’est-ce que tu aimes le plus au lit, avec moi, pendant nos parties de jambes en l’air ? »
La question de Jessica fusa à travers le haut-parleur, vibrante et sans filtre. Dans la cabine de bureau du ministère, le temps s’arrêta net. Rony sentit le sang lui monter aux joues en croisant les regards instantanément braqués sur lui. Ses collègues, figés, affichaient des sourires amusés ou des yeux ronds de stupeur. Un frisson de panique le traversa. D’un geste brusque et maladroit, il se précipita sur son téléphone pour couper l’appel, brisant le silence lourd qui s’était installé.
Le cœur battant à tout rompre, il s’échappa en vitesse de la pièce pour s’isoler dans le couloir désert. Prenant une grande inspiration, il composa à nouveau le numéro de sa compagne.
— Allô ! Tu vas bien, Jess ? lança-t-il, la voix encore un peu tremblante.
— Oui, oui, tout est cool, répondit-elle d’un ton léger. Et toi ? Pourquoi cette question ?
— Euh… tu m’as pris par surprise, là. C’est bien la première fois que tu prends les devants sur un tel terrain, et encore plus au téléphone…
— Ah bon ? s’amusa Jessica.
— Tu ne te rends pas compte… Mon haut-parleur était activé ! Mes collègues t’ont entendue t’aventurer ainsi à l’autre bout du fil…
— Tchupsss… lança Jessica depuis l’autre bout du fil, ce claquement de langue sonore trahissant autant son agacement que son habitude de balayer les problèmes d’un revers de main. Et alors ? reprit-elle sans se démonter. Qu’ils écoutent ! Ça leur fera un sujet de conversation intéressant pour la pause café. Au moins, ils sauront qu’on ne s’ennuie pas, nous deux.
Rony, adossé au mur du couloir, ne put s’empêcher de lever les yeux au ciel, oscillant entre le soulagement de la voir si détachée et l’angoisse de devoir retourner dans la cabine.
— Tu me fais la sensation de ne plus pouvoir continuer à travailler, tu sais ? avoua Rony, la voix plus basse, presque rauque.
— Ah bon ? Pourquoi ça ? T’as honte ou quoi ?
— Non, non, honte ? Pourquoi ? Ce n’est pas ça… Tu éveilles et réveilles la jungle de ma libido. Toutes les bêtes sauvages en vacances dans mes nerfs se mettent debout, hurlant de faim.
Un rire cristallin résonna à l’autre bout du fil.
— Lol… Apa m pran w la ! lança-t-elle en créole, savourant pleinement son effet. Ça fait plus d’un mois qu’on ne s’est pas vus, Rony. Tu inventes des excuses à chaque fois pour te passer de moi. Voilà, comme dit l’adage : chaque récipient possède son capuchon, tout boutèy gen bouchon pa yo. J’ai décidé de t’attaquer avec une flèche nouvelle.
Rony laissa échapper un rire, secouant la tête dans le couloir vide.
— Ah bon ? Lol. Alors, tu savais que mon téléphone était sur écouteur ? C’est une flamme sortant d’un plan pour mettre le feu que tu m’as balancée en plein dans les nerfs, sous l’attention de mes coéquipiers de boulot. Une question pareille… Cruelle et belle femme que tu es.
Pour comprendre l’attitude fuyante de Rony, il fallait plonger dans les eaux troubles et complexes de leur histoire. Jessica n’était pas libre. Elle était mariée et mère de deux magnifiques jumeaux. Son époux, Bwapiwo, était un homme d’une grande sagesse, un intellectuel respecté qui analysait la réalité politique et sociale d’Haïti avec une brillance limpide. Mais dans le pays, toute vérité n’est pas bonne à dire, et s’attaquer à un système machiavélique a un prix. C’est sa mère, Odette, une vieille femme de 81 ans, qui l’avait poussé à l’exil en France pour lui éviter un destin tragique en lui disant : « Je t’en supplie mon fils, ne me laisse pas recevoir ce cadeau cauchemardesque d’aller voir ton cadavre criblé de balles dans la rue. Fais-moi ce don, sois souple, pars loin pendant quelque temps pour qu’ils t’oublient. En plus, tes enfants vont à l’école, ce serait un trop gros choc pour eux un tel incident. »
Depuis Paris, Bwapiwo suppliait sa femme de le rejoindre. Mais Jessica, fille unique et héritière exclusive de sa défunte mère, refusait d’abandonner ses terres et son commerce de pêche florissant à Jérémie. C’était elle, désormais, qui convertissait ses bénéfices pour envoyer de l’argent en France à son mari politicien occidentalisé, incapable de décrocher un emploi digne de son standing à l’étranger. Pour maintenir les apparences et préserver son mariage, Jessica voyageait d’ailleurs quatre fois par an en Europe, s’absentant une semaine environ à chaque fois pour passer du temps avec lui.
C’était précisément cette absence le reste de l’année qui avait créé une place pour Rony dans sa vie. Elle était devenue la parfaite incarnation de la fameuse Madan Jules du groupe Accolade de New York. Dans ce morceau, on dépeint une femme mûre à la libido débordante qui s’entoure de jeunes hommes pour chatouiller et calmer ses nerfs de feu. Elle a de l’argent, beaucoup d’argent, mais elle n’assure jamais l’avenir de ses partenaires. Elle se contente de promener ses « poulains » dans des endroits chics, de les faire vibrer au rythme de son luxe, de leur offrir à manger et à boire royalement. Mais au bout du compte, ces jeunes n’en retirent rien de sérieux.
Rony avait fini par ouvrir les yeux. Il réalisait qu’il n’était qu’un instrument interchangeable dans ce manège de plaisirs éphémères. Jessica exigeait un flot incessant de sexe, une dévotion charnelle si absolue qu’elle l’avait totalement capturé. Elle l’avait tellement envoûté qu’il en venait à négliger l’amour et le corps de sa propre fiancée, Ficienne. C’était pour briser ce sortilège délétère, pour ne plus être un simple jouet de luxe, qu’il tentait depuis un mois de prendre du recul et de se concentrer sur sa vie au ministère, où sa fiancée travaillait justement dans une autre section.
— Rony… reprit Jessica au téléphone, dépouillée de son assurance habituelle. Tu penses encore à ma situation, n’est-ce pas ? C’est pour ça que tu me fuis depuis un mois ?
— Oui, Jess, avoua-t-il d’une voix blanche, jetant un coup d’œil inquiet autour de lui. Je pense à Bwapiwo, à tes jumeaux… et à ma vie ici. Ce qui vient de se passer avec le haut-parleur, c’est le signal d’alarme de trop. Ficienne travaille à deux portes d’ici. Si quelqu’un lui répète ce que mes collègues viennent d’entendre, je perds tout. On ne peut plus continuer. Il faut qu’on arrête.
Mais Jessica avait les moyens de ses ambitions et n’était pas femme à reculer. Sentant sa proie sur le point de briser sa laisse, elle décida de doubler son offensive en sortant le grand jeu pour étouffer ses doutes d’un coup de maître.
Au moment même où Rony prononçait ces mots de rupture, des pas résonnèrent dans le couloir. Un agent de la compagnie Alexandre Saint-Ford, célèbre concessionnaire automobile, s’avança vers lui et lui tendit une boîte élégamment emballée, envoyée par un expéditeur anonyme. À l’intérieur de l’écrin brillait la clé d’une Acura de modèle récent, accompagnée de ses papiers en règle au nom de Rony, ainsi que d’une carte de carburant prépayée au montant exorbitant. L’agent lui glissa à voix basse que le véhicule l’attendait déjà sur le parking de l’appartement qu’il louait en colocation avec son ami Cliford.
Rony fixa l’écrin, le souffle court, tandis que le rire triomphant de Jessica résonnait à nouveau dans le combiné.
— Alors, Rony ? murmura-t-elle. Tu as bien reçu mon petit mot de remerciement ? L’Acura te plaît ? Tu vois, les bêtes sauvages de ta libido vont pouvoir voyager confortablement maintenant.
Rony resta planté au milieu du couloir du ministère, la boîte entre ses mains et le téléphone encore chaud pressé contre l’oreille. Le vrombissement silencieux de cette voiture de luxe, garée à son insu sur son parking, semblait déjà faire trembler les fondations de sa vie bien rangée. Entre la menace d’un scandale avec Ficienne, la curiosité inévitable de son colocataire Cliford, et l’offensive spectaculaire de cette cruelle et belle femme de Jérémie, le piège doré de Jessica venait de se refermer sur lui. Il prit une lente inspiration, incapable de décrocher un seul mot, suspendu au fil invisible d’un choix impossible.
Fin.

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