Un PP Dumont, chroniqueur sportif en Haïti, vaut mieux que cent quarante-neuf parlementaires multipliés par dix années.

Malheureusement, comme le disait Voltaire : « Le génie n’a qu’un siècle, après quoi il faut qu’il dégénère. » Cette pensée laisse planer un doute dans ma foi : si monsieur Patrice (PP) Dumont revenait à plein temps, pourrait-il encore cartonner ?

Ici, les soi-disant hommes lettrés, apprentis intellectuels et l’intelligentsia du terroir calquent encore le modèle occidental des XVIIIe et XIXe siècles, où la méthode établie voulait que les élites dictent au peuple. On a tendance à négliger le poids de la communication de masse dans l’éducation réelle de la société.
Dans son ouvrage Psychologie des foules (1895), Gustave Le Bon soutient que l’individu en foule perd ses facultés intellectuelles et son sens critique. Il devient une partie d’une « âme collective » dirigée par l’inconscient. C’est exactement ce que fait un Tonymix avec son chawa pété : regarde comment lui seul a pu transformer l’appellation du mot Limena, hors du sens que lui donnait Maurice Sixto dans Mèt Zabèlbòk.

Pourquoi ? Parce que certains canaux de transmission vont plus vite et plus aisément que d’autres. Le cinéma va plus vite que le livre. La musique est plus rapide que les cours en classe. Les slogans lancés par des chroniqueurs populaires ont plus d’effet que des recherches universitaires. Voyons comment Thériel Thélus, Rudy Sanon, Luco Désir, ou encore Matin Caraïbe, les podcasts et les influenceurs des réseaux sociaux, gagnent du terrain.

Castigat ridendo mores — « on corrige les mœurs en riant » (les Haïtiens disent : se anjwèt yo batize jwif). Cette devise de la comédie classique signifie que le rire, par la satire et la dérision, permet de dénoncer les travers des hommes et de corriger leurs défauts. Un principe central chez Molière.
Voilà pourquoi, quand on a PP Dumont à la télé ou à la radio, pour animer un match de football ou présenter des émissions comme Wi Foot ou Sportissibo, le pays dispose d’une arme positive, bien chargée, qui tire des balles de vibe et de verbe.
Avoir « le verbe », c’est désigner une personne qui parle fort, qui prend facilement le dessus dans les conversations et qui persuade son entourage de la véracité de ses propos.

Patrice Dumont est ce personnage rare, complet pour le métier de journaliste. Il a le visage pour l’écran, une manière de s’habiller toujours impeccable, un timbre vocal agréable, des cheveux coiffés de façon conventionnelle. Mais surtout, il apporte au micro toute la richesse de ses multiples facettes : enseignant devenu professeur, ancien joueur de football, préparateur physique devenu entraîneur et manager, grand lecteur passionné de littérature, et un homme discret sur sa vie privée. Intrinsèquement gracieux, il incarne l’exemple qu’il ne suffit pas d’être motivé pour devenir un tel PP.

Quand Patrice Dumont animait un match, avec joie et passion, les jeunes d’autrefois, devant la télévision ou derrière la radio, étaient à l’école de Molière. Sans effort, nous faisions de la science sociale, de la géographie, de la littérature, de l’anatomie, et subtilement de la politique. Dans Wi Foot, PP Dumont a même proposé une analogie entre le football et le basket-ball pour illustrer la différence entre le système capitaliste américain, dominant dans le foot, et le système social du basket, paradoxalement plus proche des modèles européens.

Un PP Dumont si talentueux dans son rôle de chroniqueur sportif, dans une discipline aussi populaire que le football, n’aurait jamais dû être laissé partir au Sénat pour salir son beau costume de professeur public et national. Sa voix résonnait jusque dans les villes de province. Aujourd’hui, il est au ralenti.
Heureusement, son passage à la Chambre haute n’a pas terni son nom ni son image. Le Nouvelliste écrivait même sur Facebook il y a huit ans : « Patrice Dumont, seul contre 28 sénateurs. » Une preuve qu’il évoluait sur un angle parallèle à ses collègues parlementaires.

Haïti n’a pas besoin de populisme, mais elle a grandement besoin de figures utiles et populaires, comme Marie Laurence Jocelyn Lassègue (Man Lolo), Marc Brégard Anderson, Yanick Lahens, Tunep Delpe, Carole Demesmin, Théodore Beaubrun, Géssica Géneus, Ansy Dérose, Murielle Leconte, Dieudonné Larose, Ti Corn, Antoine Rossini Jean-Baptiste (Ti Manno), les figures passées de Télémax et de la RTNH dans les années 80… Et surtout, des hommes et des femmes complets, tels que Patrice (PP) Dumont.

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