” À Port-au-Prince, là où les promesses poussent désormais plus vite que le riz, une nouvelle institution vient de voir le jour. Si son nom officiel reste flou, naviguant dans une transition qui n’en finit plus, le peuple, lui, n’a pas attendu les décrets pour en comprendre la recette. Avec cet humour grinçant qui permet de survivre à tout, les Haïtiens ont vite traduit l’acronyme à leur manière, pour eux, ce n’est rien d’autre qu’un “Pete”, oui… “Se Pete “.
Tout commence au sommet, avec un Premier ministre capable de perdre ses propres clés dans une pièce vide. Il incarne à lui seul la Corruption Publique et la Trahison. Lors de son premier discours, la voix tremblante d’une émotion de théâtre, il a osé lancer : ” Mes chers compatriotes, nous avons vidé les coffres pour assurer votre sécurité. Certes, il n’y a plus un sou et les gangs contrôlent désormais jusqu’à la miche de pain, mais regardez comme le nouveau logo du ministère est joli ! “
C’est précisément dans l’ombre de ce luxe de façade, bien loin de la poussière et du désespoir des rues, que siège le Collectif de Parasites Toxiques. Leurs journées sont épuisantes : il leur faut décider, entre deux petits fours, quel morceau du patrimoine national sera bradé pour financer leurs propres frais de déplacement. L’incompétence y est telle qu’un jour, en voulant commander des drapeaux, ils reçurent par erreur des nappes de pique-nique. Plutôt que de corriger le tir, ils y virent un signe du destin et décrétèrent que le pays était désormais en vacances permanentes.
Mais le véritable chef-d’œuvre de cette équipe reste l’ouverture du Comptoir des Pilleurs de Territoire. Dans ce “vide-grenier” diplomatique, on voit des ministres proposer les ports, les mines et même le soleil d’Haïti au plus offrant. ” Combien pour cette magnifique baie ?” demande un investisseur étranger, presque gêné par la facilité de l’affaire. ” Trois centimes et une promesse de visa pour ma famille, ” répond le ministre, les yeux brillants d’un patriotisme inversé.
Finalement, si Haïti sombre, ce n’est pas à cause d’une énième tempête naturelle, mais parce que ses propres capitaines ont démantelé la coque du bateau pour se payer des bouées de sauvetage en or.