Malheureusement, dans notre société actuelle, nous ne prenons plus le temps de nous préoccuper sincèrement de la santé mentale d’autrui. Ce manque d’attention, conjugué à une absence flagrante d’analyse critique, saute aux yeux lorsque l’on parcourt nos réseaux sociaux. On y voit des personnalités s’autoproclamer au plus haut niveau de compétence et d’influence, portées par une masse de followers qui, souvent involontairement, ne font qu’aggraver leur état. En applaudissant sans discernement, cette audience n’aide pas à l’épanouissement de la personne ; elle ne fait qu’alimenter et accélérer l’isolement lié à son traumatisme.
Il faut comprendre que chez de nombreux individus, et plus particulièrement chez les vétérans souffrant de Troubles de Stress Post-Traumatique (TSPT), la blessure ne se manifeste pas toujours par la tristesse ou le repli sur soi. Elle prend parfois un visage beaucoup plus agressif : celui d’une supériorité omniprésente, d’une rigidité d’esprit absolue et d’un rejet systématique de tout conseil. Ce comportement, que l’on confond aisément avec de l’arrogance ou du narcissisme pur, est en réalité une stratégie de survie psychologique désespérée.
Cette conviction d’être “seul au sommet” prend racine dans un besoin vital de contrôle. Pour celui qui a connu la guerre, perdre la maîtrise de la situation a été synonyme de mort. Une fois revenu à la vie civile, il transpose ce réflexe de survie sur son entourage, admettre qu’il a besoin d’un avis extérieur devient alors une faille insupportable, un danger mortel pour son subconscient qui refuse de se montrer vulnérable. C’est ainsi que l’hyper-compétence devient un bouclier. En se persuadant qu’il est le plus formé et le plus apte de la société, il évite de se confronter à l’immense sentiment d’impuissance qu’il a refoulé.
Cette dynamique s’enferme alors dans ce qu’on pourrait appeler le “fossé de l’expérience”. La victime se persuade que puisque les autres n’ont pas vécu ce qu’elle a traversé, leur opinion est par définition illégitime. Cette barrière mentale finit par exclure les proches, les collègues et même les médecins, au profit de personnes qui n’ont pas la capacité d’analyse nécessaire pour contredire le leader. Ces derniers absorbent ses paroles comme des vérités absolues, ce qui ne fait que renforcer son armure de verre.
Pourtant, derrière cette façade d’homme providentiel et de réseau social puissant, se cache une fragilité extrême. Si vous tentez de le contredire ou si vous refusez d’entrer dans son jeu, la réaction est souvent brutale : injures, mépris ou tentatives de destruction de votre propre personnalité. Il est donc crucial de réaliser que cette arrogance n’est pas un trait de caractère, mais un symptôme criant. La personne “joue” la supériorité et cherche la lumière à tout prix, simplement pour ne pas s’effondrer dans l’obscurité de ses propres souvenirs.