Les vendredis de la DNL : Alain Giles et KEB entre réflexion et performance

La Direction nationale du Livre (DNL) a offert, le vendredi 20 février, dans ses locaux de Bourdon, un après-midi riche en culture et en débats. Dans le cadre de son activité bimensuelle baptisée « Les vendredis de la DNL », désormais placée sous la coordination de l’opérateur culturel Roberto De-Jean, le public a eu droit à une rencontre marquée par la symbiose entre le sociologue Alain Giles et l’artiste engagé Kerbert Bastien dit KEB.

L’éminent professeur Alain Giles a prononcé une conférence autour d’une interrogation brûlante : « L’école actuelle peut-elle encore sauver Haïti ? »
Dans son exposé, il a replacé l’adjectif « actuel » dans son contexte historique et social, définissant l’école haïtienne comme une école de masse. Selon lui, le populisme de Duvalier a transformé une institution jadis réservée aux enfants de la bourgeoisie en un lieu ouvert à tous. Mais derrière cette façade démocratisante, la qualité a été sacrifiée.

Le professeur a dénoncé la dérive commerciale du système éducatif, devenu un champ d’investissement lucratif où l’État se montre complice. Pour illustrer son propos, il a comparé la prolifération des facultés de médecine à Port-au-Prince – environ six – à la province québécoise qui n’en compte que quatre, malgré une population et un PIB bien supérieurs. Il a également rappelé les propos de l’ancien ministre de l’Éducation, Nesmy Manigat, qui avait reconnu que près de 80 % des écoles en Haïti évoluent dans la clandestinité.

Son questionnement central portait sur la hiérarchie entre école et société : « Telle société, telle école ? » Une réflexion qui renverse la maxime de Rousseau « Tant vaut l’éducation, tant vaut la société ». Pour Giles, il faut d’abord penser la nation et un État fonctionnel, capable de gérer la cité, avant de prétendre réformer l’école.

Après cette conférence dense, le public a accueilli avec enthousiasme l’artiste KEB, très attendu notamment par les étudiants de l’UEH présents dans la salle. Fidèle à son style singulier, il a déclaré dès ses premiers mots : « Je joue pour moi. Merci de venir participer avec moi dans mon autoproduction. »
Le public, connaissant ses chansons, a chanté avec lui dans une ambiance conviviale. L’artiste, célébrant son anniversaire la veille, a eu droit à une surprise orchestrée par le maître de cérémonie, Roberto De-Jean, qui invita l’assistance à lui chanter « Joyeux anniversaire ». Ce moment chaleureux a donné un souffle supplémentaire à sa performance.

Chronométrée de 14h30 à 17h, l’activité n’a pas suffi à épuiser la pensée du professeur Giles ni l’énergie de KEB. Mais elle a confirmé la vitalité des « Vendredis de la DNL ».

Le public repart avec une interrogation : quel sera le prochain rendez-vous ? Si les moyens suivent, nul doute qu’avec l’expérience et la passion de Roberto De-Jean, fort de plus de dix ans de carrière au Centre culturel Araka, une pléiade d’activités viendra enrichir le paysage culturel haïtien via la DNL.

Valery Gerome

Valery Gerome

Rédacteur en chef Wosinyol Info .

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