Le mardi 14 avril 2026, dans le cadre des sorties hebdomadaires de l’activité Madi Trankil, une conférence s’est tenue à Lakou Trankil, sis à K-fou Lexis, autour du thème « Le vodou et la religion ». La rencontre a débuté par une minute de recueillement en mémoire des victimes du drame de la Citadelle La Ferrière.
Trois personnalités ont animé les échanges : Kepler Louis, vénérable maître, qui a mis en avant la dimension spirituelle et communautaire du vodou ; Maître Ismael Desrovil, qui a insisté sur son rôle d’expression culturelle et de force de libération ; et Frantzcen Dorvilien, qui a abordé les campagnes antisuperstitieuses et la valorisation du vodou par certaines figures historiques. Ensemble, leurs interventions ont permis de dresser un tableau riche et nuancé de cette pratique ancestrale, à la fois tradition, mode de vie et religion.
Kepler Louis a souligné les liens étroits du vodou avec les éléments de la nature. Selon lui, cette pratique ancestrale est porteuse de convivialité et d’humanité. Il a rappelé que les danses des loa s’accompagnent toujours de nourriture partagée, car dans cette tradition, « manje kwit pa gen mèt ». Autrement dit, personne ne devrait souffrir de la faim, et le repas est un bien commun. Cette philosophie traduit la volonté du vodou de créer un espace de solidarité et de respect des forces naturelles.
Ismael Desrovil a rappelé que le vodou, souvent marginalisé, est avant tout une expression culturelle qui traduit la compréhension de la condition humaine. Le réduire à une simple religion serait une erreur. Il a souligné que le vodou fut une arme puissante contre les oppresseurs, utilisée par les esclaves noirs pour libérer Haïti.

Frantzcen Dorvilien, pour sa part, a évoqué les campagnes menées pour détruire le vodou et discréditer les ougans. Il a également mis en lumière les efforts de François Duvalier et de Lorimer Denis pour valoriser cette pratique. Les échanges ont été animés, notamment autour de la mauvaise perception du vodou par certains Haïtiens qui l’associent à la sorcellerie. La question de la zombification a aussi été abordée.
Grégory Balnave Cenatus, modérateur de la rencontre, a lui aussi pris la parole. Il a souligné que le vodou suscite la curiosité de nombreux étrangers, alors que les Haïtiens n’en saisissent pas encore toute la puissance. Selon lui, le vodou est une force immense, entourée de mystère, que les oppresseurs ont toujours cherché à comprendre afin de profiter des richesses de la culture haïtienne.
La conférence s’est conclue sur une reconnaissance unanime : le vodou, qu’il soit considéré comme mode de vie ou religion, est avant tout un lieu de rencontre et de partage. Puisant sa force dans les éléments de la nature, il est une arme capable de guérir, libérer et transformer l’histoire.