Il est 5 heures. La ville de Jacques Stephen Alexis continue de vibrer. L’Alliance Française des Gonaïves accueille la grande finale du concours de slam sur le thème « Drapo m se fyète m ». Les slameurs et slameuses, armés de mots et de tonalités, s’apprêtent à livrer une bataille poétique où chaque vers devient une arme de fierté.
Le décor est saisissant : le bleu et le rouge du drapeau haïtien illuminent les corps aguerris, portés par la mémoire des héros de Vertières. Dans les rues, l’ambiance est ponctuée de rires, de chants et de défilés d’enfants. La ruée vers la place d’armes se poursuit, là où les plus jeunes jouent sous le regard solennel de Jean-Jacques Dessalines, brandissant son drapeau, prêt à tous combats.
La pluie menace, parfois une fine bruine s’invite, mais rien n’altère l’élan festif. Les motards, avec leurs avertisseurs stridents, ajoutent une note de frénésie. Les véhicules décorés témoignent que la fête bat son plein. On marche, on esquive marchands et voitures, et partout, dans chaque artère, la célébration se fait sentir.

À Carrefour Turenne, les marchands accueillent avec chaleur, chaque sourire reflétant l’esprit de la journée. La ville vit autrement, comme transformée. Ce 18 mai ne se limite pas à une commémoration : il semble marquer le point de départ d’une nouvelle orientation, une promesse de renouveau où l’identité nationale se réaffirme avec éclat.
Mais Gonaïves n’est pas seulement une ville en fête. Elle est aussi un haut lieu témoin de la plus grande déclaration de liberté à travers le monde. C’est ici, le 1er janvier 1804, que fut proclamée l’indépendance d’Haïti, première république noire libre, brisant les chaînes de l’esclavage et ouvrant une voie nouvelle dans l’histoire universelle. Chaque célébration du drapeau, chaque 18 mai, résonne donc comme un rappel de cette victoire éclatante sur l’oppression.
Aujourd’hui encore, cette mémoire nourrit l’énergie des habitants. Les rues vibrent non seulement de musique et de couleurs, mais aussi de ce souffle historique qui fait de Gonaïves une cité unique. Entre les slameurs qui exaltent la fierté nationale et les enfants qui jouent sous l’ombre des héros, la ville se dresse comme un symbole vivant : celui d’une liberté conquise et d’une identité qui continue de se réinventer sur chaque visage.