Une journée de mémoire et d’engagement citoyen à Torbeck
Dans le cadre des activités commémorant la naissance du Père fondateur de la patrie haïtienne, Jean-Jacques Dessalines, la commune de Torbeck a vibré sous l’impulsion du Mouvement Jeunesse « Konsyan » de Torbeck. La journée du dimanche 20 septembre a débuté dès 7 heures du matin, a l`aube du soleil du matin, par une Messe d’action de grâce solennelle en l’Église Saint-Joseph de Torbeck, réunissant des citoyens, des jeunes engagés et des personnalités locales venus se recueillir et honorer la mémoire de l’Empereur. Dans la foulée de ce moment spirituel et mémoriel, les participants se sont rassemblés à 10 heures du matin au Gouligou Bar & Restaurant (situé au 12, rue Saint-Joseph) pour assister à une conférence débordante d’histoire et de civisme. Intervenant principal de cet événement, l’intellectuel et chercheur James Francisque a captivé l’auditoire en développant une réflexion approfondie autour du thème : « Ideyal Desalines ak Boisrond-Tonnerre a, se marasa ! ».
L’alliance stratégique entre Sonthonax, Boisrond-Tonnerre et les fondements de la liberté
Dès le début de son exposé, l`écrivain créoliste James Francisque a plongé l’assistance dans la complexité des luttes politiques et sociales de la période révolutionnaire à Saint-Domingue. Il a rappelé le contexte post-vente de la Louisiane et les tensions explosives entre les révolutionnaires français venus métropole et les colons royalistes locaux. Face au refus des colons d’accepter la dynamique abolitionniste de Léger-Félicité Sonthonax, ce dernier s’est vu contraint de s’associer avec des figures clés parmi les insurgés et les opprimés. C’est dans ce cadre qu’émerge la figure de Louis Boisrond à Torbeck, le parent de Felix Mathurin Boisrond-Tonnerre et initiateur de la libération de près de 700 esclaves qui rejoindront les rangs des combattants. Le conférencier qui est un natif de Torbeck, a l`instar de Boisrond-Tonnerre a souligné comment les proclamations d’affranchissement ont bousculé l’échiquier géopolitique de l’île, incitant des chefs militaires d’alors, opérant sous la bannière espagnole notamment Toussaint Louverture, Jean-Jacques Dessalines et Henri Christophe, à réorienter leur stratégie et à jeter les bases de la future Armée Indigène.
De la Guerre du Sud au Camp-Gérard : L’émergence du leadership de Dessalines
Le conférencier a minutieusement retracé la montée en puissance de Jean-Jacques Dessalines. Face aux oppositions intérieures, particulièrement représentées par André Rigaud dans le Sud, Dessalines prend le commandement des opérations militaires pour préserver l’unité du projet d’émancipation. Après la déportation de Toussaint Louverture par Napoléon Bonaparte, Dessalines scelle une alliance cruciale avec Alexandre Pétion lors des rencontres d’Arcahaie (mai 1803) et du Camp-Gérard (juillet 1803). James Francisque a mis un accent particulier sur la rencontre décisive du Camp-Gérard, où Dessalines croise de nouveau le fer et les idées avec Felix Mathurin Boisrond-Tonnerre. Reconnaissant en Boisrond-Tonnerre une plume incisive répondant à sa détermination sans faille, Dessalines le choisit comme secrétaire particulier.
Vertières et la proclamation de l’Indépendance : Le rôle de la plume et de l’épée
Abordant la mythique bataille de Vertières du 18 novembre 1803, le conférencier a invité les jeunes de Torbeck à prendre la pleine mesure de cet exploit militaire. Comparant la France napoléonienne à la première puissance mondiale actuelle, James Francisque a analysé la stratégie de Dessalines : la manœuvre de diversion axée sur Capois-la-Mort combinée à la prise stratégique de la Butte Charrier par le général Gabart, forçant les troupes françaises à la capitulation. Cette victoire militaire éclatante devait être scellée par un acte juridique et politique sans équivalent. Le conférencier a rappelé le fameux épisode du 31 décembre 1803, lorsque Boisrond-Tonnerre rejette le projet rédigé par Chareron, le jugeant trop tiède au regard des souffrances subies. Prononçant ses paroles célèbres — appelant à utiliser « la peau d’un Blanc pour parchemin, son crâne pour écritoire, son sang pour encre et une baïonnette pour plume » —, Boisrond-Tonnerre rédige dans la nuit la Déclaration d’Indépendance, proclamée avec solennité le 1er janvier 1804 aux Gonaïves.
Les Piliers de la Constitution Dessalinienne de 1805
•Souveraineté nationale absolue : Exercice d’un pouvoir autonome sans diktat ou ingérence extérieure.
•Anticolonialisme & Abolitionnisme (Art. 2 & 12) : Interdiction définitive de l’esclavage et interdiction aux Blancs de posséder des propriétés foncières pour éviter la re-colonisation économique.
•Solidarité Panafricaine & Asile : Terre d’accueil et de liberté pour tout Noir opprimé à travers le monde (accords de rachat d’esclaves, accueil à l’Île-à-Vache, intégration des soldats polonais).
Un appel vibrant à la Jeunesse de Torbeck
En conclusion de sa presentation, le philosophe James Francisque a souligné la portée tragique mais hautement symbolique de l’assassinat de Boisrond-Tonnerre le 24 octobre 1806, survenu quelques jours seulement après celui de Dessalines. Pour l’intervenant, l’élimination de ces deux figures complémentaires traduisait une volonté délibérée de briser le projet national souverainiste haïtien.
Il a félicité les organisateurs du Mouvement Jeunesse « Konsyan » pour cette initiative mémorielle et a invité les jeunes générations à réinterroger le concept de souveraineté aujourd’hui. Face aux défis contemporains, s’inspirer de la symbiose entre Dessalines et Boisrond-Tonnerre l’union de la vision politique, du courage militaire et de la rigueur intellectuelle demeure, selon lui, la seule voie pour réédifier la dignité nationale.
Caricature:Francisco Silva