Actualité 24/09/2026

Le machisme et le rapport de pouvoir face à la montée du féminisme:

La face cachée d’une réalité À l’aube d’un siècle traversé par une crise existentielle sans précédent, la civilisation occidentale se heurte à l’effritement de ses fondements constitutifs. Entre les convulsions des tensions de genre, les revendications d’émancipation féminine et la quête inachevée d’une complétude humaine,

Par James Francisque Publié le 24/09/2026 à 04:50
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La face cachée d’une réalité

À l’aube d’un siècle traversé par une crise existentielle sans précédent, la civilisation occidentale se heurte à l’effritement de ses fondements constitutifs. Entre les convulsions des tensions de genre, les revendications d’émancipation féminine et la quête inachevée d’une complétude humaine, nos structures sociales semblent se désagréger, captives d’un vide ontologique profond. Pour dépasser ce désarroi moral et structurel, il devient impérieux d’apporter un éclairage scientifique rigoureux et de poser les jalons d’un véritable changement de paradigme, capable d’harmoniser la puissance d’agir de l’être avec la mémoire vivante du monde.

La prépondérance masculine et l’impasse du genre dans l’Occident moderne

L’histoire de la civilisation occidentale est intimement liée à l’instauration d’un modèle de suprématie masculine, où les catégories de genre ne se pensent pas dans la complémentarité, mais dans la hiérarchie et la subjugation. Dès ses origines phallogocentriques, la pensée dominante a projeté sur le monde social une grille de lecture binaire où le masculin incarne la raison universelle, le contrôle et le domaine public, tandis que le féminin se trouve relégué à l’affectivité, la passivité et la sphère privée. Ce rapport dissymétrique au genre ne constitue pas un simple accident de l’histoire, mais la structure vertébrale d’une organisation sociale axée sur la conquête et la domination. Face à cette hégémonie, la montée contemporaine des mouvements féministes vient ébranler les certitudes ancestrales. Toutefois, si cette poussée émancipatrice met en lumière les traumatismes enfouis de l’assujettissement, elle révèle également l’impuissance des cadres conceptuels traditionnels à résoudre le conflit. Réduire le débat sur le genre à une compétition binaire pour l’appropriation des privilèges masculins ne fait que reproduire la logique de domination que l’on prétend combattre. L’impasse actuelle réside dans l’incapacité de la modernité à concevoir le pouvoir autrement que comme un outil de contrainte et d’exclusion.

 Archéologie du machisme et généalogie de l’ontologie du Logos

D’un point de vue étymologique et socio-historique, le terme machisme — dérivé du mexicain macho, lui-même issu du latin masculus — désigne une idéologie fondée sur la supériorité naturelle et incontestable de l’homme sur la femme. Comme l’ont démontré les travaux de Bourdieu (1998) et de Gilman (1999), le machisme n’est pas un trait psychologique individuel, mais un dispositif institutionnalisé visant à naturaliser la domination masculine en inscrivant des rapports de force sociaux dans les corps et les structures symboliques de la société. Pour comprendre l’enracinement métaphysique de cette domination, il convient de faire l’archéologie de l’ontologie occidentale. Celle-ci prend source dans l’invention grecque du Logos. En érigeant le Logos comme raison séparée du sensible, de la nature et de l’émotion, la philosophie hellénique et post-cartésienne a scindé le réel entre le sujet pensant (masculin, maître de soi et du monde) et l’objet dominé (la nature, le corps, la femme). Le Logos grec a ainsi instauré une ontologie de la séparation, de la substance figée et du contrôle impérialiste.

À l’opposé de ce solipsisme rationnel, la pensée africaine traditionnelle développe l’ontologie du Ntu (Kagame, 1956; Tempels, 1945). Dans cette perspective métaphysique, l’être n’est pas une substance isolée ni une catégorie abstraite définie par une souveraineté solitaire. Le Ntu représente la force vitale universelle qui relie indissociablement le Muntu (l’être humain), le Ntu animal, végétal et cosmologique. Alors que le Logos divise et hiérarchise, le Ntu perçoit l’existence comme un tissu d’interconnexions où la puissance de l’être s’actualise dans l’alliance et l’harmonie avec le tout vivant.

Le Conatus spinoziste et le champ bourdieusien : de la puissance d’agir à la crise écologique

Soucieux de dépasser le dualisme cartésien et la rationalité désincarnée, Baruch Spinoza propose dans son Éthique (1677/1994) une ontologie révolutionnaire axée sur le Conatus : l’effort fondamental par lequel chaque être tend à persévérer dans son être. Pour Spinoza, l’être humain n’est pas un empire dans un empire, mais un corps et un esprit traversés par des affects, dont la raison n’est que le prolongement affectif. Le Conatus inaugure le lieu naturel de la puissance d’agir (potentia). Chaque individu — chaque être humano-mounitaire — possède en lui une force singulière de rayonnement et d’épanouissement. Cependant, la trajectoire politique de la civilisation occidentale a détourné ces lieux naturels de puissance pour instaurer des mécanismes de pouvoir coercitif (potestas). Au lieu de favoriser la composition des Conatus ou l’épanouissement du Ntu collectif pour parvenir à une harmonisation des forces, la modernité politique a réorganisé la société autour du contrôle et de la rivalité. Les institutions patriarcales ont capté la puissance d’agir des individus pour la transformer en instruments de soumission.

Cette hiérarchisation injuste s’explique avec clarté à travers la théorie des champs de Pierre Bourdieu (1980, 1998). La société fonctionne comme un espace de luttes où les agents accumulent du capital économique, culturel et symbolique. Dans ce commerce symbolique, la catégorie masculine s’est arbitrairement positionnée au sommet de la pyramide, confisquant la légitimité et imposant sa vision du monde comme neutre et universelle. Ce verrouillage des structures de pouvoir n’a pas seulement dégradé les relations sociales,il a provoqué une véritable crise écologique de l’ontologie humaine. En coupant l’être humano-mounitaire de sa dimension relationnelle et cosmologique, la raison patriarcale et marchande a dévasté tant le tissu social que la biosphère.

L’Écosocialisme Mounisme : vers un nouveau paradigme de gouvernance

Face au péril systémique généré par le capitalisme patriarcal et la domination machiste, il devient urgent d’inscrire la pensée dans un paradigme nouveau : l’idéologie de l’Écosocialisme Mounisme. Né de la synthèse féconde entre les principes de la justice écologique, du socialisme démocratique et de l’humanisme profond incarné par la notion haïtienne et africaine du Moun (l’être humain dans sa pleine dignité et responsabilité), l’Écosocialisme Mounisme offre une réponse intégrale aux crises contemporaines. Cette perspective écosocialiste et mounitaire entreprend de résoudre simultanément la crise écologique, la défaillance de la gouvernance politique et le déchirement ontologique. Sur le plan du genre, l’Écosocialisme Mounisme démantèle les rapports de domination en substituant à la logique de marchandisation et d’exploitation une éthique du soin, du respect mutuel et de la préservation de la vie. Il ne s’agit plus de déplacer le centre du pouvoir d’un pôle à un autre, mais de restructurer le pouvoir collectif autour des besoins réels des êtres et de la régénération des écosystèmes.

La complétude de l’être humano-mounitaire et l’éthique du pouvoir relationnel

En dernière analyse, l’être complet — au cœur de la véritable complétude humaine — est irréductiblement un être à la fois rationnel et relationnel. L’erreur tragique de la modernité aura été d’opposer la raison à l’affect, l’autonomie à la vulnérabilité, le masculin au féminin. Dépasser le machisme et éliminer ses violences structurelles ne signifie aucunement nier la présence ou la nécessité du pouvoir chez les êtres. L’être humano-mounitaire est consubstantiellement un être de pouvoir, traversé quotidiennement par la volonté de déployer sa puissance d’agir. L’émancipation véritable ne réside pas dans l’extinction du pouvoir, mais dans sa métamorphose éthique. Tout être doit pouvoir s’épanouir librement dans sa puissance d’agir singulière pour constituer sa force propre, avant de s’ouvrir à sa dimension relationnelle. C’est à partir de cette ouverture que se tissent des liens de pouvoir partagé, fondés sur la cohabitation harmonieuse et l’alliance des identités. En rejoignant la grande intuition de l’Éthique de Spinoza et la sagesse du Ntu collectif, l’humanité découvre que le pouvoir le plus haut n’est pas celui qui domine l’autre, mais celui qui s’exprime dans la joie d’exister ensemble, unis dans la diversité de leurs puissances de vie.

Références académiques (APA 7)

Bourdieu, P. (1980). Le sens pratique. Éditions de Minuit.

Bourdieu, P. (1998). La domination masculine. Éditions du Seuil.

Gilman, C. P. (1999). The man-made world; or, Our androcentric culture. Charlton Company. (Ouvrage original publié en 1911)

Kagame, A. (1956). La philosophie bantu-rwandaise de l’Être. Académie royale des Sciences coloniales.

Spinoza, B. (1994). Éthique (B. Pautrat, trad.). Éditions du Seuil. (Ouvrage original publié en 1677)

Tempels, P. (1945). La philosophie administrative et l’ontologie bantoue. Éditions Lovania.

CP:Jean Marc Bonnel

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