Actualité 16/10/2026

C’était ça ou le laisser mourir

Procès de l’IA à la DNL : La littérature haïtienne refuse de se laisser mourir sous les suspicions occidentalesAccusé à tort d’avoir co-écrit son chef-d’œuvre avec une intelligence artificielle et éjecté de la sélection du Prix Goncourt, l’écrivain Thélysson Orélien a reçu le soutien moral

Par BWA PIWO Publié le 16/10/2026 à 10:45
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Procès de l’IA à la DNL : La littérature haïtienne refuse de se laisser mourir sous les suspicions occidentales
Accusé à tort d’avoir co-écrit son chef-d’œuvre avec une intelligence artificielle et éjecté de la sélection du Prix Goncourt, l’écrivain Thélysson Orélien a reçu le soutien moral du MCC, de la DNL et de la TNH ce vendredi 9 octobre 2026. Retour sur un après-midi électrique au 320, route de Bourdon, entre ferveur populaire, magie des contes de Foudizè théâtre et rigueur scientifique.
Ce vendredi 9 octobre 2026, l’État haïtien, par le biais de deux directions sous l’hospice du Ministère de la Culture et de la Communication (MCC). La Direction Nationale du Livre (DNL) et la Télévision Nationale d’Haïti (TNH) , ont apporté un soutien moral à Thélysson Orélien et son texte phare de la rentrée littéraire, C’était ça ou mourir. Dans les jardins du 320, route de Bourdon, l’ambiance a été, à une coudée près, celle d’une véritable manifestation sur les bancs du public. L’objectif : une consultation publique des preuves pour déterminer si oui ou non l’œuvre est à tort au carrefour d’un tourbillon de détracteurs l’accusant d’usage de faux et d’usurpation par Intelligence Artificielle.


Ce show télévisé a réuni un panel composé de regards divers, digne du fameux jury du long-métrage Douze hommes en colère : Roody Edmé, pédagogue chevronné, grand lecteur et activiste littéraire ; Williamson Casimir, sociologue attitré et intellectuel de bel horizon ; Franz Pierre Louis, ingénieur en informatique et “mister militant IA” du territoire ; le tout orchestré par Pierre Jean Dieubon, journaliste de carrière et figure prépondérante du média national.
L’émission a également bénéficié d’un décor supplémentaire et d’une aide précieuse : Foudizè théâtre. Venue pour la restitution après un atelier d’écriture et de performance — une activité qu’elle a l’habitude d’organiser sous le nom de Kont anba tonèl mais qui se tenait pour la toute première fois dans cette DNL, au 320 de la route de Bourdon , elle a fait vibrer les jeunes écoliers massivement présents à travers ses prestations, mettant en lumière les néophytes de cet art de la scène. Un grand “kout chapo” à l’animateur et responsable des Vendredis de la DNL : le MC du jour, véritable poisson dans l’eau douce en matière d’opération et d’animation culturelle, qui a une fois encore su jouer son rôle d’intermédiaire entre le public et le panel de manière magistrale.
Une grande première à la route de Bourdon : les contes réveillent l’assistance
Avant que la foudre des débats scientifiques ne frappe le panel, l’atmosphère de la DNL a été magnifiée par l’énergie de la tradition orale. Si Foudizè théâtre est une habituée de ces ateliers d’écriture et de performance à travers son activité Kont anba tonèl, c’était la toute première fois qu’elle déployait sa magie dans l’enceinte de la DNL au 320 de la route de Bourdon. Pour cette grande première, les néophytes de cet art ancestral ont livré des prestations vibrantes, faisant vibrer un public composé en grande partie de jeunes écoliers. Cette célébration de la parole vivante, organique et profondément humaine, a planté un décor commenté comme fort et symbolique : celui d’une tradition haïtienne indomptable, impossible à simuler par des lignes de code.


Le maestro des Vendredis de la DNL à la manœuvre


Si ce grand rendez-vous a pu atteindre des sommets de rigueur sans jamais perdre le fil du dialogue avec la cité, c’est en grande partie grâce au savoir-faire d’un homme de l’ombre de l’animation culturelle. Le MC du jour, le grand maître d’œuvre des Vendredis de la DNL, s’est révélé comme un véritable poisson dans l’espace public lors de cet après-midi électrique. Avec une maîtrise consommée, il a su orchestrer la transition entre la magie des contes, la ferveur des bancs populaires et la rigueur analytique des experts. Son rôle d’intermédiaire a permis d’équilibrer les interventions et de donner une voix aux écoliers tout comme aux universitaires, transformant ce show télévisé en un modèle d’agora démocratique.


Les bancs du public s’enflamment : pourquoi Thélysson Orélien ?


Une fois le show télévisé lancé par Pierre Jean Dieubon sous la facilitation du MC du jour, la tension est montée d’un cran lorsque les bancs du public se sont transformés en tribune critique. Une question douloureuse a alors fusé de l’assistance : Pourquoi ce n’est que C’était ça ou mourir qui doit subir de tels tourments ? Pourquoi seul le prestigieux Prix Goncourt, jusqu’à date, l’a éjecté de sa sélection ?
Pour le sociologue Williamson Casimir, la réponse est géopolitique. Il s’agit d’un « capitalisme littéraire mâtiné de racisme ». Quand un jeune auteur issu du Sud global publie un chef-d’œuvre viscéral sur les réalités de Carrefour-Feuilles ou de Jérémie, et que le livre s’apprête à rafler les grands prix francophones avec 100 000 exemplaires vendus, le système littéraire occidental réagit par la suspicion. Le panel a d’ailleurs rappelé le double standard flagrant de cette industrie : en 2024, l’autrice japonaise Rie Kudan a remporté le prix Akutagawa en avouant avoir utilisé ChatGPT à hauteur de 5 % sans que son prix lui soit retiré. Le Goncourt, gardien d’un absolutisme anthropocentrique français, a préféré éjecter Orélien au moindre doute, là où d’autres jurys internationaux (notamment au Canada ou au Japon) intègrent l’IA comme un simple outil d’extension de la pensée.


L’IA diminue-t-elle la valeur du texte ? Le grand procès de la création
Le cœur du débat s’est cristallisé autour de la légitimité de la technologie dans l’art. Si un auteur utilise l’IA comme support de correction ou comme co-auteur, cela diminue-t-il pour autant la valeur de son œuvre ?
• La perspective de la polyphonie humaine : Williamson Casimir a rappelé que l’être humain n’écrira jamais ex nihilo (à partir de rien). L’écrivain est structurellement “polyphonique”, habité par Platon, Aristote, Dessalines ou Jacques Stephen Alexis. Si l’IA sert de miroir ou de dictionnaire géant pour stimuler l’esprit, la valeur du texte reste entière pour le lecteur.
• Le parallèle historique de la “négrialité” littéraire : Pour illustrer cette dynamique, le panel a évoqué le cas d’Alexandre Dumas père, qui collaborait activement avec Auguste Maquet comme “nègre littéraire” pour accoucher des Trois Mousquetaires, sans que l’histoire ne conteste son génie. L’IA ne serait-elle pas le nègre littéraire du XXIe siècle ?
• L’impossible preuve algorithmique : L’enjeu reste purement spéculatif, car l’ingénieur Franz Pierre Louis a rappelé qu’il est techniquement impossible de prouver à 100 % l’origine artificielle d’un tel chef-d’œuvre. De son côté, Roody Edmé a martelé que les fulgurances et la douleur brute du texte d’Orélien ne peuvent pas être codées par une machine de la Silicon Valley (comme les algorithmes de Meta), qui tentent de régir nos esprits à notre insu.


En combinant la verve du MC du jour, les contes traditionnels de Kont anba tonèl présentés pour la première fois à la route de Bourdon, les passions du public et la rigueur du jury, cette édition des Vendredis de la DNL a prouvé une chose : la littérature haïtienne refuse de se laisser mourir sous le poids des suspicions occidentales, revendiquant haut et fort la souveraineté de son imaginaire.

CP:DNL

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