La Direction nationale du livre (DNL) a célébré ses 21 ans, le mercredi 28 octobre 2026, dans le cadre de la Journée internationale de la langue et de la culture créoles. Parmi les temps forts de cette journée figurait un débat entre le sénateur Patrice Dumont et l’anthropologue Suze Mathieu autour d’une question fondamentale : faut-il appeler notre langue « créole » ou « haïtien » ?
Pour Patrice Dumont, le terme « créole » reste marqué par l’histoire coloniale. Il défend ainsi l’appellation « ayisyen », qu’il considère comme une affirmation plus directe de la souveraineté nationale. De son côté, Suze Mathieu met en avant la capacité du peuple haïtien à s’approprier son héritage linguistique et à donner au mot « kreyòl » une signification nouvelle, affranchie de son passé colonial.
Au-delà de cette opposition, le débat soulève une question essentielle : la décolonisation d’une nation passe-t-elle nécessairement par le changement de nom de sa langue, ou plutôt par la transformation du regard qu’elle porte sur elle-même ?
Le nom d’une langue constitue un marqueur identitaire important, mais la reconnaissance de sa valeur dépend également de la place qu’elle occupe dans l’éducation, la recherche scientifique, l’administration et la production du savoir. Qu’elle soit désignée comme « kreyòl » ou « ayisyen », elle doit pouvoir devenir un véritable instrument de connaissance, de création et de développement.

En présence du ministre de la Culture et d’élèves du Lycée du Cent-Cinquantenaire, cette confrontation intellectuelle a rappelé l’importance du débat public dans la construction de la conscience nationale. À l’occasion de cet anniversaire, la DNL a ainsi offert un espace où l’histoire, la culture et l’identité haïtiennes ont été interrogées sans que le désaccord empêche la réflexion.
Finalement, l’enjeu ne consiste pas seulement à choisir un nom, mais à déterminer ce que les Haïtiens veulent faire de leur langue. Car une langue ne devient pas pleinement souveraine uniquement parce qu’on la renomme : elle le devient aussi lorsque son peuple la valorise, l’enseigne, l’écrit et l’utilise pour produire les connaissances dont il a besoin.