Actualité 30/10/2026

Fernand Hibbert au miroir de 2026 : Quand les haïtienetés secouent la médiathèque Jacques Stephen Alexis

La littérature haïtienne s’est invitée au cœur des questionnements contemporains, ce jeudi, à la médiathèque Jacques Stephen Alexis de la Direction nationale du livre (DNL), située à Bois-Verna. À l’occasion d’une nouvelle édition des « Rendez-vous Livres ouverts », Patrick Étienne et l’activiste culturelle Méika

Par Wosinyol Info Publié le 30/10/2026 à 16:36
Publicité

Votre marque ici — bannière 728 × 90

Annoncez sur Wosinyol Info

La littérature haïtienne s’est invitée au cœur des questionnements contemporains, ce jeudi, à la médiathèque Jacques Stephen Alexis de la Direction nationale du livre (DNL), située à Bois-Verna. À l’occasion d’une nouvelle édition des « Rendez-vous Livres ouverts », Patrick Étienne et l’activiste culturelle Méika ont exploré les différentes facettes des « haïtianités » à travers l’œuvre romanesque de Fernand Hibbert. Entre critique des apparences sociales, préjugés de couleur, rapports de genre et crise de l’identité nationale, les échanges ont montré combien les réalités décrites par l’écrivain demeurent présentes dans la société haïtienne.

Fernand Hibbert, chroniqueur des illusions sociales

Dès l’ouverture des échanges, le professeur Patrick Étienne a placé le débat sous le signe du simulacre, en revenant sur l’origine latine du terme simulare, qui renvoie à l’idée de feindre ou de donner une apparence trompeuse.

À travers cette notion, il a présenté Fernand Hibbert comme un observateur critique d’une classe moyenne profondément préoccupée par son image sociale, au point de privilégier le paraître au détriment de l’être.

Selon son analyse, cette obsession du statut nourrit le mensonge social, l’endettement et la volonté de se construire artificiellement une position au sein de la communauté. Les personnages des Thazar, a-t-il souligné, semblent ainsi traverser les générations sans perdre leur actualité.

La « blancomanie », symptôme d’une aliénation persistante

Intervenant à son tour, l’activiste culturelle Méika a abordé la question de la « blancomanie » dans le roman Les Thazar. Son analyse a notamment mis en évidence les mécanismes du préjugé de couleur et la fascination pour l’étranger.

Elle a évoqué le cas d’une mère qui préfère un prétendant allemand, dont les qualités humaines restent inconnues, à Brillant, un jeune Haïtien présenté comme instruit, honnête et compétent.

À travers cet exemple, Méika a souligné la persistance d’une mentalité qui tend à dévaloriser les compétences locales au profit de ce qui est associé à la blanchité et à l’étranger.

Elle a également attiré l’attention sur la pression des conventions sociales, notamment chez les familles soucieuses de préserver leur réputation. L’obligation de ne pas porter deux fois la même tenue lors des réceptions illustre, selon elle, le poids du regard collectif et les sacrifices imposés par la recherche du prestige.

Femmes, pouvoir domestique et précarité éducative

Les échanges ont également permis d’interroger les rapports de pouvoir au sein de la famille haïtienne représentée dans l’œuvre de Hibbert.

En réponse à une question du public, Méika a relevé le paradoxe d’une société structurée autour de valeurs patriarcales, mais dans laquelle les femmes exercent une influence déterminante sur l’économie domestique et les exigences liées au statut familial.

L’achat de tissus à l’étranger et le respect de certaines conventions vestimentaires témoignent, dans cette lecture, de la manière dont les normes sociales peuvent peser sur les choix économiques des familles.

De son côté, Patrick Étienne a élargi la discussion à la question de l’éducation et de la précarité matérielle. Il a notamment insisté sur les difficultés rencontrées par les jeunes issus de milieux défavorisés, pour qui la faim et le manque de moyens constituent des obstacles majeurs à l’apprentissage.

Son intervention a rappelé une réalité fondamentale : l’accès au savoir ne peut être dissocié des conditions matérielles dans lesquelles évoluent les élèves et les étudiants.

Price-Mars et Firmin : retrouver le chemin de soi

Au-delà du diagnostic, la rencontre a ouvert une réflexion sur les possibilités de transformation de la société haïtienne.

Pour Patrick Étienne, les enseignements du Dr Jean Price-Mars offrent une piste essentielle, notamment à travers cet appel à l’authenticité : « Soyons nous-mêmes le plus complètement possible ».

Il a ainsi plaidé pour une meilleure connaissance de soi et une réappropriation des réalités historiques et culturelles haïtiennes, sans dépendance excessive aux modèles extérieurs.

L’évocation d’Anténor Firmin et de son ouvrage De l’égalité des races humaines a également permis de replacer le débat dans une perspective intellectuelle plus large. Le professeur a insisté sur la nécessité d’un effort individuel et collectif fondé sur l’amélioration de soi, le rejet de la médiocrité et la reconstruction de la société à partir de ses fondements.

Une littérature qui continue d’interroger Haïti

Au terme de cette rencontre, une idée majeure s’est dégagée : plus d’un siècle après leur publication, les œuvres de Fernand Hibbert continuent d’offrir des clés de lecture pour comprendre certaines contradictions de la société haïtienne.

L’obsession des apparences, les préjugés de couleur, les inégalités sociales et les tensions identitaires demeurent autant de questions qui méritent d’être interrogées.

À travers les « Rendez-vous Livres ouverts », la Direction nationale du livre rappelle ainsi le rôle essentiel de la littérature dans la formation de l’esprit critique et la compréhension de la société. Bien au-delà du plaisir de lire, l’œuvre littéraire devient un espace de confrontation des idées, de questionnement collectif et de réflexion sur l’avenir d’Haïti.

Ficienne Ricard

Publicité

Votre marque ici — bannière 728 × 90

Annoncez sur Wosinyol Info