« Le malheur des uns fait-il toujours le bonheur des autres ? »

En Haïti, nous avons aussi nos façons de penser, souvent exprimées à travers nos proverbes. Par exemple, pour contrecarrer cette formule attribuée à Voltaire : « Le malheur des uns fait le bonheur des autres », on peut opposer : « Lè bab kamarad ou pran dife, mete pa w la tranpe ». Autrement dit, certains maux peuvent sembler sélectifs pour un temps, mais ceux qui ne sont pas directement touchés doivent éviter de s’en réjouir, car le fléau peut frapper leur propre maison plus tard. Pas besoin, je crois, de rappeler la célèbre citation du pasteur allemand Martin Niemöller (1892–1984) sur l’inaction face à la montée du nazisme : « Quand ils sont venus chercher… »

Voilà pourquoi, quand je pense au marasme dans lequel Haïti s’enlise depuis des lustres, et pire encore aujourd’hui en 2026, où l’on se dispute bruyamment le pouvoir pour savoir qui doit diriger le pays – ou qui le dirige depuis toujours –, je ne peux m’empêcher de rappeler ces mots attribués à Franklin Delano Roosevelt : « Il faut constamment soulever les va-nu-pieds contre les gens à chaussures et mettre les gens à chaussures en état de s’entre-déchirer les uns les autres, c’est la seule façon d’avoir une prédominance continue sur ce pays de nègres qui a conquis son indépendance par les armes. » Une politique de division pour régner.

Aujourd’hui encore, certains exhibent la position de force des États-Unis dans nos conflits internes, comme s’ils jouaient le rôle de juge impartial. Mais Sekou Touré disait : « Quand tu es félicité par le colon, c’est que tu es mauvais ; quand ils disent que tu es mauvais, c’est que tu es bon. » Et que dire des sanctions imposées sous prétexte que des membres du Conseil de pouvoir transitoire seraient liés aux gangs ? Est-ce maintenant qu’ils découvrent cela ? D’où viennent les armes et les munitions utilisées par ces gangs ? Comment un pays capable d’arracher un président en fonction chez lui ne parviendrait-il pas à éradiquer des gangs sur une île qu’il considère comme sa zone d’influence ?

En cette période de réflexion philosophique – notamment à l’occasion de la fête de Saint Augustin – j’invite à méditer sur la cité dessalienne dans une perspective platonicienne : les philosophes doivent diriger la cité, formant une aristocratie de la connaissance. Ces « philosophes-rois » possèdent la sagesse et connaissent le Vrai et le Bien, garantissant justice et harmonie sociale. Mais il faut aussi se rappeler la dure réalité de la politique : « Konstitisyon se papye, bayonèt se fè. » Comment faire face aux menaces des grandes puissances, comme les États-Unis, qui ne laissent jamais Haïti avancer sans intervenir ?

Je propose donc de transformer notre société en profondeur, en bâtissant une gouvernance originale inspirée de nos lakou provinciaux : respect total des engagements, justice immédiate pour les traîtres. Un État-lakou où ceux qui prêtent serment pour servir la République seraient liés par des forces mystiques ou invisibles, garants de leur fidélité. Ainsi, comme dans l’histoire biblique d’Ananias et Saphira (Actes 5:1-11), la corruption serait combattue par une sanction immédiate face aux malices humaines.

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