Le carnaval: une affaire de santé pour les « bossales »

L’être humain, physiquement, est un binôme de chair et de liquides. Comme un concentré non sucré qu’il faut secouer avant de l’ouvrir pour que le lait et la graisse se marient sans défaut, il est presque nécessaire que les êtres humains doivent pratiquer des activités qui assurent le bon fonctionnement du corps. Les sports — natation, marche, danse et autres — sont souvent recommandés par les orthopédistes et les cardiologues comme prévention contre certaines maladies. Mais au-delà des prescriptions médicales, il existe une médecine populaire, spontanée, gratuite : celle du carnaval.

  • Fashion mate chéri,
    Mizik sa se ak ou mwen dedye l (2fwa)
  • Depi w pa sòti, ou fè tout moun nan lari
  • Depi w pa sòti, ou fè tout moun rele anmweeee…

Et ils ont raison de hurler ! Car l’avantage gratuit de danser dans les rues, au rythme d’une bande à pied, est immensément bénéfique pour la santé de ceux qui s’adonnent à cette ambiance. Danser, marcher, s’exprimer librement — même avec des mots qui n’ont pas droit de cité ailleurs — c’est frapper plusieurs coups d’une seule pierre.
C’est aussi le moment de laisser reposer les neurones, de donner le pouvoir aux émotions, de laisser le corps suivre le rythme du moment.
Le carnaval est une thérapie collective. Les tambours remplacent les stéthoscopes, les pas de danse deviennent des ordonnances, et les cris de joie se transforment en vitamines pour l’âme. Dans cette transe populaire, chacun retrouve une énergie vitale : les muscles se réveillent, le souffle s’élargit, le cœur bat plus fort mais plus libre. C’est une médecine qui ne coûte rien, mais qui soigne beaucoup.
Je suis fan du rapport corps à corps, du sexe entre fille et garçon ; je pense que c’est le plus beau péché, celui pour lequel nous devrions tous réserver une place en enfer. Mais, malgré son intensité, cette activité n’offre pas autant de retombées positives pour la santé que la participation à une ambiance carnavalesque, surtout en suivant le parcours d’une bande à pied. Car le carnaval, lui, ne se vit pas à deux: il se vit à mille, à dix mille, à cent mille…et malgré tout cela, la satisfaction est personnelle. C’est une communion où la sueur devient fraternité et où la fatigue se transforme en jubilation.

Travailler dans l’administration comme bureaucrate, ou mener une belle vie à Pétion-Ville dans la classe dominante ou moyenne, donne l’impression d’être mieux armé que les « bossales » qui se battent chaque jour pour joindre les deux bouts. Mais, comme le disent les Haïtiens : Bondye pa bay pèn san sekou (« Dieu ne donne pas de peine sans le secours »). Le carnaval est justement ce secours: une période qui leur permet de gagner du terrain sur le plan sanitaire, par rapport aux difficultés qu’ils ont pour avoir accès aux soins d’urgence à l’étranger, comme le font les bourgeois.
Le carnaval est aussi une revanche sociale. Dans les rues, les hiérarchies s’effacent : le patron danse à côté du manœuvre, l’étudiant croise le marchand ambulant, et tous vibrent au même rythme. Les « bossales » trouvent là une force, une dignité, une santé que ni les bureaux climatisés ni les cliniques privées ne peuvent leur offrir.

Vive le carnaval pour les pauvres et les moins complexés de la société haïtienne !
C’est bon pour la santé, c’est bon pour l’âme, c’est bon pour la nation.

Ewa!

BWA PIWO

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One Comment

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  • Felisitasyon pou tèks sa. C’est Roberto. Sans langue de bois. Men si souvnim pa fèm defo, kanaval se te zafè tout Ayisyen san distenksyon, saof kretyen yo ak yon lòt kategori Moun ki préfère rete lwen foul men ki ap enjoy li kanmenm Lakay yo nan televizyon. San Nou pa bliye kout POUS li te bay ak ekonomi peyi a, tout klas sosyal ansanm

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