Mon point de vue intellectuel sur la problématique se résume ainsi :
« Un seul être nous manque, et tout est dépeuplé », ce vers célèbre du poète romantique français Alphonse de Lamartine, que j’emprunte pour illustrer mon regard.
Dans un élan de ne pas rester trop longtemps la tête dans les nuages, cet opium que peut donner la littérature, la poésie en particulier, avec ses sensations d’extase, ses effets anxiolytiques et son insensibilité à la douleur…une activité peu commune a été organisée à la DNL, dans le cadre des Vendredis de la DNL, sous le thème : Haïti face à la nouvelle dynamique mondiale.
Comme le chante Septentrional d’Haïti dans 5e commandement : « Tout latè a se yon sèl peyi. Limanite se yon sèl fanmi… » Et Dieudonné Larose abonde dans le même sens, affirmant dans sa chanson Pitye : « Les frontières n’ont aucune importance, la terre entière appartient à l’homme. »
Oui, Larose, la terre entière appartient à l’homme. Mais aujourd’hui, elle semble appartenir à un seul homme : Donald Trump. À partir d’un territoire frontalisé, les États-Unis d’Amérique, il joue son jeu de néo-fasciste avec le monde et l’humanité dont parle Septentrional.
Karl Marx affirmait que le capitalisme devait atteindre son apogée, le développement maximal des forces productives — pour créer les conditions matérielles de son propre effondrement et de l’avènement du socialisme. Nous n’en sommes peut-être pas si loin. Beaucoup croient que Trump est un élément isolé qui prend en otage une nation puissante pour la conduire vers l’abîme. Je pense qu’ils se trompent. Trump est un fusible, l’avant-centre d’une équipe dont les consignes stratégiques proviennent de l’establishment. La nouvelle stratégie américaine consiste à semer des troubles partout en même temps, afin de saturer l’actualité politique et, en arrière-plan, gagner du terrain pour contrôler le globe. Aujourd’hui avec le contrôle de plusieurs ressources de gaz qu’ils ont dans le monde. Sans oublier que leur réserve a toujours été supérieure aux autres… Ils étendent davantage ses tentacules sur la planète.
Où est Haïti dans tout cela ?
Inutile de s’attarder sur ce que chacun sache et voit déjà : ingérence étrangère, gangs, effondrement des idéaux, luttes de classes, déficit du système scolaire, citoyenneté en crise… Ces points ont été soulevés lors de la rencontre. Pour ma part, je n’ai pas pu intervenir, jouant le rôle d’intermédiaire entre l’assistance et le panel. Mais en guise de synthèse, je retiens qu’il manque à la société haïtienne un fond commun. Pas sur le plan économique : un discours rassembleur.
La naissance d’Haïti a fait de cette contrée de 27 500 km² un adversaire de l’impérialisme et des démarches de déshumanisation. Nous n’avons pas le choix. nous sommes porteurs de cette voix : Liberté ou la mort.
Il nous faut d’autres mouvements comme le Ti Komite Legliz ” TKL” pour (re)donner naissance à des figures capables de restaurer l’élan de 1990, quand Haïti avait échappé, un instant, au radar des requins. Ils n’ont pas pu voir d’avance l’arrivé de Jean-Bertrand Aristide, qui fut un étendard, avant que l’intelligentsia américaine ne s’acharne à détruire son image. Aujourd’hui, existe-t-il encore des cellules de réflexion clandestines pour penser et panser le pays ? Rien n’est moins sûr, tant la surveillance est omniprésente par les agents de la CIA ici.
Haïti n’a pas besoin de populistes, je le dis à nouveau. mais, nous avons besoin de figures populaires, aimants capables d’attirer et de fédérer. À travers un fond commun, un commandement, et des leaders, les points noirs de la société — notamment la citoyenneté — cesseraient d’être sources de maux. Sinon, il suffira toujours d’une rupture de visa pour empêcher à un Haïtien d’être authentique. Le chaos interminable instauré par le blanc est là pour cela. Sans oublier, qu’ils ont créé une école de pensée pour vendre leur vision de bien-être, qui fait écho…
Voilà bien pourquoi, Depuis les retours d’Aristide en 1994 et surtout en 2011, le peuple marche tête nue, cœur en quête, pieds effrités.
Nou bezwen batay ! Nous avons besoin d’un discours capable de nous faire corps avec une cause. Sinon, nous resterons au même stade: sauve qui peut.
À quoi bon d’être sur terre si c’est pour passer toute une vie à genoux ?
Nous mourrons tous…
Aujourd’hui, plus tard, ou demain.