Emeline Michel : Mwen pare

Comment comprendre ces mots ?
Est-ce l’ardeur d’une femme en chaleur, ou bien l’affirmation d’une liberté nouvelle, celle qui lui permet de piocher l’érotisme au seuil de son émancipation ?

Comme dans la chanson du groupe Phantoms, Ti souvni, où la fille ose faire le premier pas, sans gêne ni contrainte morale, bannissant les traditions qui voudraient réserver la conquête aux hommes. Haïti a toujours connu ces femmes qui refusent de se plier au schéma patriarcal, qui se sentent mandatées par la flamme de leur liberté pour chercher ce qui manque à leur bonheur.

Écoutez bien le texte d’Emeline. Depuis quand est-ce le rôle de la femme, sur le feu charnel, d’exhiber sa soif et de conjuguer le verbe parer?
Eh bien, mes amis, il faut bien que quelque chose change !
C’est ce qu’avait déclaré Jean-Paul 2, lors de sa visite en Haïti en mars 1983. Emeline semble avoir compris le message : l’émancipation féminine passe aussi par l’initiative émotionnelle et sexuelle.

« M pral di sa m wè pou ou cheri. Pa met koze m nan lari. K’on diri ak pwa kole, nou pral dòmi kole… »

Voyez le contraste : une femme qui s’adresse ainsi à un homme, avec franchise et désir. Cela me pousse à réfléchir au mouvement féministe en Haïti. Depuis deux décennies, les femmes s’expriment davantage, et c’est une avancée précieuse pour l’équilibre social. Certes, il reste beaucoup à faire, mais un féminisme typiquement haïtien, enraciné dans notre culture et ouvert sur le monde, est possible.

« Yon ti tranpe pou derape. Akra mori, bannann peze. M pa kwè n ap mize. K’ou vòlò n ap sove, Yo mèt di n maledve. »

Pourquoi tant de hâte ? Parce que le sexe est un besoin universel. La femme aussi a droit d’exprimer sa soif. Et comment imaginer une femme avide de plaisir, incapable de le dire ? Emeline, elle, le chante avec audace, sur un rythme de troubadour.

« Bèl wòb klere, wòb dekòlte. Tanbou marye, konpa mate. Mwen pral kidnape w. Ann al danse, ou konnen lannwit lan pap long ase… »

Ce qui intrigue, c’est qu’on ne sait pas à qui elle s’adresse. Mais on sent qu’elle reste fidèle à sa féminité, tout en assumant le rôle actif, capitaine du temps du désir. Cela me rappelle Les jupes-culottes de Françoise Dorin, où la femme vive et travaille comme les hommes, sans renoncer à son essence féminine.

Alors, messieurs, êtes-vous prêts à laisser les femmes vivre libres, autonomes, éduquées, capables d’exprimer leurs envies émotionnelles et sexuelles ?
Et vous, mesdames, combien d’entre vous osent marcher dans les pas d’Emeline ou de Lauranne, pour dire avec des mots clairs votre désir, sans peur ni honte?

« Nou pral dòmi kole e, dòmi kole… Èske w pare ? »

BWA PIWO

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Pito yon moun fè mwen pèdi yon lajan, deranje mwen nan nenpòt ki bagay la, men ou pa fè m pèdi yon pwogram kadejak…

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