18 mai 2026 : Gonaïves, cœur battant du drapeau

Quatre ans déjà dans cette ville que je connaissais à peine. Quatre ans dans une cité qui m’a recueilli comme une mère, au moment où j’en avais le plus besoin. Aujourd’hui, je le dis avec ferveur : la fête du drapeau n’a jamais été aussi éclatante, aussi vibrante, aussi brûlante d’espérance.

En 2022, la célébration se réduisait à quelques voitures, quelques motos, des bambocheurs rassemblés sur la Grand-Rue devant Ate Plat, sous l’œil de Chigo. Une petite foire gastro-artisanale ajoutait sa saveur, mais l’ensemble restait trop fragile pour porter le poids d’une journée sacrée, celle qui rappelle au monde que les premiers hommes noirs ont offert l’exemple le plus grand de liberté.

Mais cette année, tout a changé. La Place d’Armes, fraîchement réhabilitée, s’ouvre tel un écrin lumineux. Les Gonaïves vibrent au rythme des tambours, les voix s’élèvent et l’air se charge d’une ferveur nouvelle. Depuis trois jours, la ville est envahie de sons et de couleurs. Entre l’Hymne à la jeunesse et la Dessalinnienne, les cœurs s’embrasent au souffle des fanfares et des mixes de DJ. On frissonne, on rêve, on croit. Les jeunes arborent fièrement le bleu et le rouge, comme une seconde peau. Certains revêtent des uniformes de soldats ou de policiers, ce qui a tout pour plonger la foule dans une immersion symbolique saisissante : une promesse gravée à jamais dans les annales de notre histoire..

Ils sont des centaines à profiter de la chaleur du soleil. On danse, on cambre les hanches, on rit à gorge déployée. La fête passe du symbolique au plaisir fou. Elle s’étend sur toutes les coutures, au pied de l’empereur Jean-Jacques Dessalines, gardien inflexible de la cité. Les parents accompagnent les plus jeunes, qui savourent fresco, saucisses et boissons gazeuses. La folie d’aujourd’hui s’entrelace aux prouesses du passé pour donner à la ville une allure tout à fait exceptionnelle, presque mythique.

L’ambiance me ramène à mon enfance à Belle-Anse, quand la fête du drapeau était la plus grande fête des enfants. C’était le jour où l’on rêvait de revivre les grands actes du passé, de marcher dans les pas des héros.

Et l’espoir renaît. Oui, Haïti peut se relever. Oui, Haïti peut retrouver ses élans. Car dans nos veines coule le sang de Dessalines. Nous portons la bravoure de Capois, la stratégie de Christophe. Nous sommes les héritiers d’un peuple qui a brisé ses chaînes et montré au monde la route de la dignité.

Alors, marchons. Levons nos drapeaux. Battons nos tambours. Chantons nos hymnes. Battons-nous pour une Haïti à la hauteur de notre fierté. Que chaque 18 mai soit plus qu’une fête : qu’il soit un poème vivant, une clameur de liberté, une promesse de renaissance.

Byron Lord Edwin

Byron Lord Edwin

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