Non. Regarde la fin de carrière du footballeur Ronaldinho, que beaucoup considèrent comme une légende : il y a toujours des déchets dans le parcours de vie de chacun. C’est le poids restant sur la balance, par rapport à toutes les actions menées ou consenties, qui définit l’aventure d’un individu. Comme tout le monde, j’ai mes défauts. J’ai de la force et des faiblesses.
Il est dommage que le jugement porté sur autrui s’inscrive généralement dans une logique binaire : ligne bonne ou ligne mauvaise. Soit la personne est méchante envers moi, soit elle est bienveillante. On ne cherche pas à comprendre ses actes, étiquetés bons ou mauvais. Le « pourquoi » n’est pas souvent pris en compte pour les évaluer. Pourtant, lorsqu’il s’agit de soi, on aimerait être écouté pour se justifier.
Un penseur a dit : « Nul n’est méchant volontairement » (j’aime ajouter : sauf Dieu). L’humain est un combattant au quotidien — même pendant son sommeil, ses adversaires ne se reposent pas. Il mène des batailles physiologiques, sociales, psychologiques, mystico-spirituelles… Celui ou celle que vous voyez marcher fièrement, sereinement, bien habillé, mène en réalité des combats invisibles. Il faudrait un microscope ou une longue-vue spécialisée pour le regarder de l’intérieur comme de l’extérieur, afin de comprendre combien il boxe sur des rings invisibles.
Déjà, l’adversité entre esprit et émotions, domiciliée dans le corps, est sans cesse à son paroxysme. Sans parler des croisements avec ses semblables sur le macadam. Avait-il compris qu’il fallait agir ainsi ? Avait-il le choix de faire autrement, étant donné ses limites en tant qu’humain ? La créature homo sapiens devrait toujours se poser ces questions-là.
Même si nous ne combattons pas tous pour les mêmes causes, il y a trois quêtes universelles qui tiennent à cœur notre existence :
• Se battre pour rester debout, ne pas mourir.
• Lutter pour le bien-être, être heureux.
• Faire des efforts pour exister, paraître, être utile, obtenir reconnaissance et fierté.
Ainsi, vous, moi, lui, les autres, nous nageons dans la même mer, cherchant ces roches ardentes pour faire bouillir la marmite de notre existence terrestre. « Juger est une erreur », nous dit Youssoupha. Vous n’êtes pas meilleur que quiconque. Nos questions quotidiennes sont particulières, et c’est cela qui fait la différence. Essayons de comprendre l’humain dans un paradigme de tâtonnements. Personne ici n’est omniscient ni omnipotent. Voilà pourquoi les messages de solidarité ne cessent de pleuvoir partout où il y a des vivants : la vie n’est pas facile à vivre. Les cohabitations ne sont pas toujours radieuses. Pourtant, nous sommes là, ensemble, et il faut bien trouver le bon moyen de vivre malgré nos différences.
« Kenbe men m, m ap kenbe pa w, fòk ou gen kouraj pou gide mwen… » (extrait d’une chanson d’Ansy Dérose).
Luis Nazario da Lima (Ronaldo) a dit dans une interview qu’il lui est parfois très difficile de regarder un match de foot : certaines occasions de but manquées par les attaquants lui tapent sur les nerfs. J’appelle cela l’effet miroir. Il n’est pas facile de voir autrui tel qu’il est ; on a tendance à le confondre avec soi. R9 était un immense joueur. Ce sport ne donne pas souvent un talent comme le sien.
De même, dans la vie, chacun a ses qualités et ses faiblesses. Nous cherchons sans cesse la chose qui nous rendra parfaits pour être évalués. C’est une quête de toute une vie. C’est dommage quand un patron ou un leader n’a pas la capacité de prendre du recul sur l’animal qu’il est, pour se revêtir davantage du sapiens, et accompagner un à un ceux qu’il doit guider ou stimuler.
Peut-être est-ce seulement dans le sport que le leader — coach ou entraîneur — accepte sans ambiguïté de ne pas être le centre d’intérêt, laissant la gloire et la récompense aux travailleurs de terrain. Une telle démarche socialiste, pour garder l’équilibre, ressemble à ce que nous devrions avoir partout : À chacun selon ses besoins. Le monde serait moins tendu par la compétition sous toutes ses formes.
Un médecin ne se sentirait pas mal à l’aise par rapport à ses revenus comparés à ceux d’un tennisman, car ce ne serait pas le métier exercé qui garantirait le salaire, mais plutôt ce qu’il faut à chacun pour sa plénitude en tant qu’être humain, élément social et naturel.
arrêtons d’oublier le ” pourquoi ” devant ou derrière les actes des autres