Matrouba et la pluie au Backyard de Pétion-Ville

La vie dans la ville est en berne depuis quelque temps à cause de l’insécurité que connaît le pays. Mais quand même, comme dit le dicton : la nature a horreur du vide.
Et l’être humain ne peut pas vivre uniquement de douleurs et de souffrances.

Voilà pourquoi certaines formes de résistance se font sentir, malgré la pluie de menaces à Port-au-Prince. Matrouba, un groupe musical inscrit dans la lignée de la musique populaire du terroir, comme Diapason, la bande à Paul Villefranche et tant d’autres, ne veut pas laisser toute la place aux maux qui agitent sans cesse les âmes des citadins.

Ainsi, dans la soirée du 18 avril 2026, au restaurant Backyard à Pétion-Ville, Guy Marie L., propriétaire et chanteur du groupe, a rassemblé sa troupe sous le nom de Matrouba pour faire bouger les gens qui ont fait le déplacement.

Matrouba n’est pas encore un groupe calibré selon les standards de l’industrie musicale, mais sa composition reflète déjà une formation presque complète, prête pour le grand marché : deux guitares, deux claviers, une batterie, un percussionniste/gongiste et le chanteur… soit sept musiciens et plus pour assurer l’animation.

Malheureusement, cette soirée a connu une note négative : l’inondation de l’espace, qui a dû provoquer un arrêt de l’animation. Sous les pieds et les chaises des mordus, pourtant très chic, l’eau s’est brutalement invitée. Un point noir qui peut pousser quelqu’un à se poser la question : suis-je bel et bien dans la cité de Pétion-Ville, commune réputée très souvent comme étant le haut lieu des grands zouzoun ?

Peut-être que la réponse n’est autre que celle-ci : quand il s’agit d’Haïti, pour desservir le public, certains acteurs de la classe économique de l’île offrent n’importe quoi, sans gêne ni crainte de rendre des comptes à l’État.

Heureusement, ceux et celles qui ont couru le risque de sortir pour venir profiter du groupe n’ont pas laissé cet imprévu leur faire perdre le goût et la flamme de l’ambiance. Une fois que la pluie a cessé un peu de faire son show, l’attention du public a repris… et voilà : men konpa !

Le groupe n’a fait qu’interpréter des tubes d’autres formations connues de la scène (New Look, Coupé Cloué, Mizik Mizik, etc.). Cependant, son chanteur a quelque peu porté atteinte à l’essence de ces morceaux, à cause d’une voix pas assez mélodieuse et de quelques fausses notes.

Pas de grand souci : la soirée s’inscrivait bien dans cette philosophie-là — tan pou nou fè o, nou pito fè o — mieux vaut ce faux chanteur accompagné d’une belle orchestration que de rester sans bruit bien arrangé pour chatouiller les nerfs des assoiffés de musique de notre république.

La musique est fondamentale pour le bien-être. Elle agit comme un puissant stimulant cérébral, réduit le stress et favorise la libération de dopamine. Sur le plan social, elle rassemble et facilite l’expression des sentiments.

C’est pourquoi :
Jou nou te damou an se te fèt St Rose, Leyogàn mwen t ap jwe li vini nan bal la…
nous chante l’Ensemble Select du roi Coupé.

Matrouba, ce soir-là, a aussi permis à des gens de se rapprocher, de danser et même, pour certains, de finir la nuit dans un même lit.

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