Sous l’égide du club de lecture Signet ARAKA, Roberto De-Jean a invité quelques jeunes passionnés à rencontrer l’écrivaine Yanick Lahens, marraine du club, devenue veuve depuis quelques mois après le départ de son cher mari, Philippe Lahens.
Dans un arrondissement de Port-au-Prince marqué depuis longtemps par l’insécurité, notamment celle imposée par les gangs armés, la vie culturelle tourne au ralenti. Trouver un espace pour respirer et partager de grands moments, comme cette rencontre chez Yanick, c’est une manière de dire tout bas, dans le cœur : « Chère vie d’ici-bas, en tonne je vous arracherai ce que vous m’avez pris en gramme », pour reprendre Henri Michaux. (Sa nou pèdi nan longè a, n ap fout tire li nan lajè a…)
Ce dimanche 5 juillet 2026, les jeunes ont eu la chance d’être accueillis dans une maison de Pétion-Ville, en compagnie de Jetry Dumont, Marc Exavier, Laënnec Hurbon, Jean Casimir, Nono Morel, Syto Cavé et ses frères, ainsi que son épouse. C’était, en grande partie, la crème de l’intelligentsia haïtienne et de la culture francophone et créolophone réunie autour d’eux.

Dans un article du journal Le Monde, publié le 21 septembre 2025 et intitulé « Yanick Lahens écrit comme elle danse », on pouvait lire : « Yanick Lahens savoure la joie de son retour en Haïti, après dix mois d’absence. Partie aux États-Unis pour deux semaines en novembre 2024, l’écrivaine s’est retrouvée bloquée quand l’aéroport de Port-au-Prince a fermé à cause de la violence des gangs. Il a rouvert en juin, mais la situation sécuritaire reste critique. Pourtant, bientôt, elle va retrouver les apéritifs du dimanche à “refaire le monde” avec ses amis auteurs et étudiants – ce sens politique de la communauté qui lui est nécessaire pour écrire. »
C’est clair : l’une des manières fortes pour Yanick Lahens de « danser » est de multiplier ces rencontres, en Haïti comme à l’étranger, dans les bibliothèques, les provinces, ou lors de séances marquantes comme sa leçon inaugurale au Collège de France, le 21 mars 2019. Mais surtout, ce sont les dimanches matin chez elle qui incarnent cette tradition.

Ce 5 juillet 2026, des jeunes tels que Meika Decime, Robens Belle Fleur, Stéphana Dorval, Joubert Joseph, Sterlane Sauveur, Eronaldo J. Evens Charles et d’autres ont eu l’honneur d’y participer.
Selon le professeur Jean Casimir, ces rencontres intellectuelles sont une pratique ancienne, remontant à près de trente ans. Jadis, elles se tenaient sous les arbres chez le professeur Michel Hector. Après son départ vers l’au-delà, Yanick Lahens a repris le flambeau. Aucun sujet n’est imposé : on vient pour une rencontre amicale, entre amis intellectuels, et l’ambiance prend naturellement la forme qui leur ressemble. On discute de tout, même de politique, on écoute de la musique, on boit quelques verres, et avec Syto Cavé, la poésie est toujours au rendez-vous. Mais ce dimanche, pour la première fois, il y avait autant de monde, autant de musique, et surtout autant de poésie.
Comment cela s’est déroulé ?
Yanick a préparé la maison, quelques choses à grignoter, et la salle. Ses amis habituels – Laënnec, Syto, Casimir – sont venus, apportant chacun quelque chose à boire ou à partager, par simple élégance. Les participants se sont installés peu à peu. Le débat s’est lancé spontanément : Coupe du monde, Messi contre Ronaldo, culture argentine, immigration, droits d’auteur… Comme disait Eleanor Roosevelt : « Les grands esprits discutent des idées. ».
Ils se concentrent sur l’innovation, les concepts, la philosophie et la résolution de problèmes.
C’est dans cette ambiance d’échanges intenses là que monsieur Morel et Guito, le grand frère de Syto, père de Richard Cavé, insistent pour que l’heure des textes chantés et dits prennent la toile.
Sterlane Sauveur, habituée des soirées de poésie, a ouvert le bal en lisant un poème depuis son smartphone. Les autres ont enchaîné, jusqu’à l’arrivée de Roland Léonard avec sa guitare, qui a donné un rythme nouveau aux voix et aux mots.