La faillite de la discipline

Dans une période particulièrement tendue pour la communauté haïtienne aux États-Unis, marquée par la peur constante des déportations et une surveillance accrue, une vidéo récente capturée par des caméras-piétons de la police est venue mettre en lumière un mal profond. On y voit un jeune conducteur haïtien interpellé lors d’un contrôle routier nocturne. À l’intérieur du véhicule, des bouteilles d’alcool et un état d’ébriété évident. Mais au-delà de l’infraction routière, la scène révèle un naufrage comportemental, linguistique et civique qui interpelle sur la responsabilité individuelle et collective.

Ce qui frappe dès les premières secondes de l’interception, c’est l’incapacité du conducteur à aligner trois phrases correctes en anglais face aux injonctions pourtant simples de la police (« Give me your driver’s license »). Vivre aux États-Unis sans chercher à maîtriser les bases de la langue du pays d’accueil est le symptôme d’une paresse intellectuelle alarmante.

Nombreux sont ceux qui arrivent sur le sol américain, cumulent deux ou trois emplois, dépensent leur argent dans des fêtes, des vêtements de marque ou des voitures coûteuses, mais prétendent ne pas avoir le temps pour des cours d’anglais gratuits ou abordables de quelques mois. Ce refus d’investir dans son propre développement intellectuel limite non seulement l’ascension sociale, mais met directement en danger l’individu lors d’interactions critiques, comme un contrôle judiciaire ou policier.

L’attitude du conducteur face aux forces de l’ordre passe rapidement de la confusion à une arrogance absurde. Même face à un policier qui s’adresse à lui en créole pour apaiser la situation, le jeune homme préfère la confrontation, la résistance physique et l’insulte. Le mot qu’il semble maîtriser avec le plus de fluidité en anglais n’est ni « sorry », ni « yes officer », mais un grossier « Fuck you ».

Il existe une règle fondamentale que beaucoup semblent oublier : lorsqu’un voisin vous accueille chez lui, vous devez respecter ses principes et ses lois. Même si le pays d’accueil compte lui-même ses propres dérives et ses citoyens indisciplinés, il n’acceptera jamais que des invités viennent violer ses règles fondamentales sur son propre sol. L’alcool au volant, la conduite sans permis valide et l’obstruction à la justice sont des actes graves qui ne tolèrent aucune excuse culturelle.
Ce type d’incident soulève une question douloureuse mais nécessaire pour la diaspora : et si le problème d’Haïti ne résidait pas uniquement dans ses institutions ou sa politique, mais dans les comportements individuels reproduits à tous les niveaux ?

Le manque de discipline, le mépris des règles établies, l’arrogance face à l’autorité et le refus de se former sont exactement les maux qui ont détruit le tissu social en Haïti. Transporter ces habitudes à l’étranger ne fait que confirmer les préjugés négatifs, aggraver la situation des milliers d’Haïtiens honnêtes qui se battent chaque jour pour réussir dignement, et rendre la communauté entière indésirable aux yeux de la société d’accueil.

La situation des Haïtiens à l’étranger exige aujourd’hui une rigueur exemplaire. On ne peut pas réclamer le respect, la dignité et la protection contre la déportation si, individuellement, certains choisissent l’incivilité, l’ignorance et le défi systématique des lois. Il est urgent que la jeunesse de la diaspora renonce à la facilité et comprenne que le véritable respect s’acquiert par la discipline, l’éducation et le respect strict des règles de la cité.

Valery Gerome

Valery Gerome

Rédacteur en chef Wosinyol Info .

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