Au centre-ville, dans les rues, la pluie cesse de tomber : pas de poésie, pas de club littéraire, pas de beauté ni de propreté… Même les gens de couleur (blancs, blanches), fréquemment présents partout, ne sont plus là.
Pourquoi cela arrive-t-il à la cité de Clarouillo (Clay) Pierre, mon ami défunt ?
« Quand on laisse dormir son intelligence, comme un clou elle se rouille, puis on devient méchant sans le savoir » nous dit Jacques S. Alexis.
Quand la cité d’Alcibiade Pommayrac donne des élus comme Joseph Lambert ou Eddo Zeny… c’était déjà clair comme annonce : un ciel terne allait couvrir l’esthéticité et la culture de cette contrée.
Lakou New York en est un indice parfait qui justifie l’aliénation et la stupidité.
Déjà, le portail d’entrée de la ville vous dit que là où vous allez n’est plus cette terre florissante qu’elle était. La moitié d’un pont est tombée à la mer. Une organisation quelconque fait le décor du marché Géfrard qui entoure l’église Eben Ezer, pour prendre la petite grande rue dénommée Bayanquilla… Il est clair que vous vous retrouvez dans un musée – tout voum se do.
On ne donne que ce qu’on a. C’est ça la vérité. En Haïti, sur la terre des Taïnos, une zone côtière / un port, appelé jadis Yakimo, est transformé en Lakou New York de nom et de décor… Cela veut tout dire : l’Haïtien se sent plus homme en imitant les blancs, colons qui massacrent et détruisent les vies dans la vie.

Jacmel, l’un des premiers endroits électrifiés dans la Caraïbe. Une terre complice de la relation sud-sud, d’où le drapeau de la Bolivie fut cousu, selon l’histoire. Une commune culturelle, qui pleuvait de jeunes filles belles, élégantes, cultivées. Un manoir qui hébergeait l’art, la poésie, les danses latines…
Il fut un temps, les Jacméliens et Jacméliennes que je côtoyais refusaient de passer trop de temps à P.a.P., pour eux, cette agglomération regorgeait trop de pollution, de bruits, de turbulences. Aujourd’hui, vous arrivez à Jacmel, vous êtes interdits de circuler librement, la ville est sous la menace des gangs, et les autorités locales semblent plonger dans l’insouciance.
J’ai fait mon premier voyage à Jacmel en 2011, avec le club Signet ARAKA, sous l’influence de Darline Marcelin, une jeune qui étudiait à l’École normale supérieure, qui s’était investie dans la culture de ces deux endroits. On m’a arrêté pour me blâmer parce que je me promenais torse moitié nu dans les rues. Depuis, je suis tombé amoureux de cette partie d’Haïti. Je ne passe pas une année sans opérer un voyage dans cette commune, pour chatouiller mes nerfs tizè de la béatitude et de la grâce qui régnaient sous ce ciel du Sud-Est. Hum, depuis quelques années, la beauté, comme un chien en fuite, quitte le navire qui a vu naître Jacques Adler Jean- Pierre.
C’est quoi l’État, au sens figuré ?
Réponse : un personnage moral doté de sagesse pour jouer le rôle d’intermédiaire entre une telle population, et aussi représenter cette même population devant d’autres populations… En gros, son travail tient à concilier les gens d’un même territoire, et à travailler pour la fierté et la souveraineté de ces derniers par rapport aux contacts avec les autres.
Quand un maire est autorisé, et se sent fier de rejeter le nom des Taïnos “Yakimo” pour inscrire la zone la plus fréquentée de la ville dans la ligne d’un État aux USA, le pays ennemi numero un de la cité dessalinienne, cela a déjà voulu dire que l’intelligence est en agonie, il fallait vite faire appel à la conscience éclairée.
Quand un Jacmélien qui fait de la politique au plus haut niveau du pays s’auto-proclame : animal politique ; mais sans jamais avoir un plan de sauvegarde pour sa patrie. Son nom est pointillé dans tous les dossiers néfastes qui font du feu sur la toile des actualités politiques et de la gouvernance de ce pays… Quel exemple pourrait-il servir en bon terme aux élites de cette cité ?
Eh bien, voilà aujourd’hui, à cause des paniques qui font la loi à Port-au-Prince. La route menant vers le Grand Sud est bloquée, et cela compromet le rapport entre la capitale et ses environnements… Jacmel n’est pas épargnée. Les hôtels sont vides. Les bus ne font plus comme auparavant le trafic, remplacés en grande partie par des motocyclettes (Léogâne à Jacmel, mille gourdes par personne. Si vous faites le voyage avec un autre…). Il n’y a plus de lueur sur le visage des jeunes. On rencontre des ordures presque partout. Diverses parties de la route nationale sont défectueuses.
J’ai parcouru plusieurs lieux dans la ville dans le but de trouver un espace pour regarder le match retour de Ligue des champions : Bayern Munich vs PSG. La plupart des restaurants ne sont pas en mesure de faire cette diffusion à cause de l’absence d’électricité.
Jacmel, de mon premier et grand amour Yderne Pierre, a sa flamme en berne, chers tous, chères toutes.