Maison Syndicale 86

Mémoire et transition : deux voix/voies pour penser la Révolution

La Maison Syndicale 86, en partenariat avec Bon Signe, a organisé, les 6 et 7 juin 2026, la cinquième édition de la série de conférences « Il n’y a pas 36 solutions ». Cette activité s’est tenue à l’Alliance Française des Gonaïves et s’inscrit dans la mémoire du mouvement ouvrier de mai 1886 à Chicago, symbole universel de la lutte syndicale. Deux modérateurs ont accompagné cette prise de parole intellectuelle et politique : le Dr Charlito Louissaint et l’historien-géographe Frantz Babyto Prophéplus.

La première conférence a été animée par Rachele Magloire autour du thème :
« Kisa travay memwa sou batay kont diktati Divalye a ka pote nan tantativ goumen kont nouvo modalite kontwol ak represyon yo ? »

Elle a développé une réflexion sur le rôle du travail de mémoire dans la résistance aux nouvelles formes de contrôle et de répression. Selon elle, ce travail ne peut coexister avec le statut quo, qui favorise l’impunité et protège les garants du pouvoir. Elle a rappelé que ceux qui osent revendiquer sont souvent menacés, preuve que la mémoire dérange les structures établies.

Prenant l’exemple de l’Argentine, elle a montré comment la société civile lutte pour préserver la mémoire face à une extrême droite qui cherche à l’effacer. Elle a souligné qu’en Haïti, le manque d’organisation de la société civile constitue une entrave majeure à la sauvegarde de la mémoire collective. Pour elle, la mémoire des luttes contre la dictature est fondamentale : elle éclaire notre histoire et permet une meilleure compréhension de la situation actuelle.

La deuxième conférence a été donnée par le Dr Georges Eddy Lucien sur le thème : « Poukisa tranzisyon demokratik la tounen yon pwosesis manch long e konplike an Ayiti ».

Le conférencier a, dans un premier temps, dressé un bilan historique des transitions politiques en Haïti. Il a évoqué Dessalines, puis le mouvement de 1946 qui a conduit à l’ascension de Dumarsais Estimé, avant d’aborder celui de 1956 qui a ouvert la voie à François Duvalier. Il a ensuite analysé la chute du régime en 1986, les événements de 2004, et la période du PHTK marquée par les « Bandi Legal ».

Au fil des échanges, il a élargi son intervention à la dépossession de la classe paysanne et aux mouvements de revendication contre le duvaliérisme. Il a également rappelé que la fermeture d’industries telles que Hasco ou Darbonne a eu un impact considérable sur plusieurs secteurs de production, accentuant les fragilités économiques et sociales du pays.

En guise de conclusion, le Dr Georges Eddy Lucien a souligné l’urgence de créer de véritables espaces de rencontre et de débat. Selon lui, seule une réflexion collective sur les enjeux du changement peut permettre de contrer la gangstérisation qui mine aujourd’hui la société haïtienne.

Cette 5ᵉ édition de « Il n’y a pas 36 solutions » a permis de croiser deux regards complémentaires : celui de la mémoire des luttes contre la dictature et celui de l’analyse des transitions démocratiques. Ensemble, ces réflexions rappellent que la construction d’un avenir plus juste passe par la sauvegarde de la mémoire et par l’ouverture d’espaces de dialogue citoyen.

Crédit photo : Joyce Julien Wozo

Byron Lord Edwin

Byron Lord Edwin

Read Previous

Une délivrance à Tabarre : le tronçon reliant Carrefour Rita à Carrefour Clercine (BIM), actuellement en chantier

Read Next

Que reste t il encore de la Cité des Poètes ?

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Most Popular