Par Jacques Adler Jean Pierre
« Mete liv nan lekòl yo » : quand la lecture devient une urgence nationale
Du 14 au 30 septembre 2026, le Nord-Ouest accueillera une tournée de sensibilisation et de formation consacrée à l’importance de la bibliothèque dans les écoles haïtiennes. Intitulée « Lire et faire lire à l’école / Mete liv nan lekòl yo », cette initiative est portée par le poète, professeur et journaliste Marc Exavier, qui entend lancer une véritable croisade nationale en faveur de la lecture et de la présence des livres dans les établissements scolaires.
Lire, écrire, réfléchir, comprendre, argumenter, s’exprimer : autant de compétences que l’enfant développe principalement à l’école et qui l’accompagnent tout au long de sa vie. La lecture n’est donc pas un simple exercice scolaire. Elle constitue l’une des principales portes d’entrée vers la connaissance, l’autonomie intellectuelle et la compréhension du monde.
L’ancien ministre français de la Culture puis de l’Éducation, Jack Lang, résumait cette importance par une formule devenue célèbre : « La lecture est la colonne vertébrale de tous les apprentissages. »
Cette conviction est au cœur de la démarche de Marc Exavier.
Une école sans livres peut-elle vraiment préparer l’avenir ?
En Haïti, la question mérite d’être posée avec sérieux. Dans une grande majorité d’établissements scolaires, particulièrement dans les zones éloignées des grands centres urbains, les bibliothèques scolaires sont inexistantes ou extrêmement pauvres. Beaucoup d’élèves passent ainsi des années à l’école avec un accès très limité aux livres et aux ouvrages de lecture.
Or, la maîtrise de la lecture ne se décrète pas. Elle se construit progressivement, par la pratique régulière et la fréquentation de textes variés.

Un enfant qui lit développe son vocabulaire, enrichit son imagination, apprend à organiser sa pensée et acquiert progressivement davantage d’aisance pour s’exprimer. La lecture et l’expression sont intimement liées : mieux on lit, mieux on comprend ; mieux on comprend, mieux on peut penser et s’exprimer.
C’est pourquoi la bibliothèque scolaire ne devrait pas être considérée comme un luxe ou un équipement secondaire. Elle devrait être un élément fondamental de l’école.
« Mete liv nan lekòl yo » : une croisade pour changer les habitudes
Avec « Mete liv nan lekòl yo », Marc Exavier souhaite attirer l’attention des directeurs d’écoles, des enseignants, des parents, des acteurs culturels et des décideurs publics sur la nécessité de redonner à la lecture une place centrale dans le parcours éducatif.
L’objectif n’est pas uniquement de réclamer davantage de livres. Il s’agit également de créer une véritable culture de la lecture à l’école : aménager des espaces de lecture, encourager les élèves à lire, organiser des séances régulières, faire circuler les ouvrages et surtout donner aux enfants le goût du livre.
La démarche entend aller directement sur le terrain. Des rencontres seront organisées avec les différents acteurs du système éducatif afin de partager des expériences, des informations, des références et, dans la mesure du possible, des outils permettant aux établissements de développer leurs propres pratiques de lecture.

Le Nord-Ouest comme point de départ
Pour cette première étape, le choix s’est porté sur le département du Nord-Ouest, où l’initiateur du projet dispose déjà de contacts avec des responsables d’établissements scolaires et des opérateurs culturels.
Du 14 au 30 septembre 2026, une tournée de sensibilisation et de formation sillonnera plusieurs communes et localités du département : Port-de-Paix, Saint-Louis-du-Nord, Chansolme, Mare Rouge, Bombardopolis, Môle-Saint-Nicolas et Jean-Rabel.
Des rencontres sont prévues avec des dizaines de directeurs d’écoles, d’enseignants et d’autres acteurs du secteur éducatif.
Mais la tournée ne se limitera pas aux professionnels de l’éducation. Des séances de lecture et d’écriture seront également proposées aux jeunes et aux écoliers, afin de placer les premiers concernés — les enfants — au cœur de cette initiative.
Former, sensibiliser et surtout donner envie de lire
L’une des forces de cette croisade réside dans son approche. Il ne s’agit pas simplement de dénoncer l’absence de bibliothèques. Il faut également montrer qu’il est possible de faire autrement, même avec des moyens limités.
Une bibliothèque scolaire peut commencer modestement : quelques dizaines de livres soigneusement sélectionnés, un espace identifié, un enseignant ou un responsable motivé, un horaire de lecture et surtout une volonté collective.
L’essentiel est de commencer.
Car chaque livre mis entre les mains d’un enfant peut devenir une fenêtre ouverte sur un autre univers, une autre époque, une autre culture ou une nouvelle manière de penser.
Une initiative qui appelle à la solidarité
Pour réussir, une telle entreprise ne peut reposer sur les seules épaules de son initiateur. Marc Exavier compte donc sur la participation et l’appui de contacts locaux, d’institutions, d’organisations éducatives et culturelles ainsi que de toutes les personnes intéressées par l’avenir de l’école haïtienne.
Cette mobilisation pourrait notamment permettre de constituer des fonds de livres, d’équiper progressivement des espaces de lecture et d’accompagner les écoles désireuses de mettre en place une bibliothèque.
Au-delà du Nord-Ouest, l’ambition est clairement nationale.
La tournée de septembre pourrait ainsi constituer la première étape d’un mouvement appelé à s’étendre progressivement à d’autres départements du pays.
Lire pour apprendre. Lire pour comprendre. Lire pour devenir.
Dans une société confrontée à de profondes difficultés, investir dans le livre et dans la lecture peut sembler, à première vue, moins urgent que d’autres priorités. Pourtant, c’est précisément dans les périodes difficiles que l’éducation doit être protégée et renforcée.
Une génération qui ne lit pas suffisamment est une génération à laquelle on risque de fermer certaines portes de la connaissance.
À l’inverse, chaque bibliothèque créée dans une école, chaque livre accessible à un enfant, chaque séance de lecture organisée constitue un investissement dans l’intelligence, la créativité et l’avenir du pays.
Avec « Lire et faire lire à l’école / Mete liv nan lekòl yo », Marc Exavier lance donc plus qu’une campagne de sensibilisation. Il pose une question fondamentale à la société haïtienne :
Quelle école voulons-nous construire si nos enfants n’ont pas suffisamment accès aux livres ?
La réponse pourrait commencer par un geste simple : mettre un livre dans chaque école, ouvrir une bibliothèque, et donner aux enfants le temps et l’envie de lire.
« Mete liv nan lekòl yo » : que la croisade commence.
Jacques Adler Jean Pierre