Mariages communautaires : entre foi, pression sociale et crise de l’éducation

Par Myriam Bien-Aimé

Les vidéos de mariages communautaires organisés par certaines églises envahissent les réseaux sociaux. Des dizaines, parfois des centaines de couples vivant en concubinage sont invités – voire fortement encouragés – à régulariser leur union devant Dieu et devant la société. À première vue, l’initiative peut sembler louable : promouvoir le mariage et la stabilité familiale. Pourtant, derrière les rires que suscitent certaines séquences sur TikTok ou Facebook, une multitude de questions méritent d’être posées.

La première est celle de la liberté. Un mariage n’a de valeur que lorsqu’il est librement consenti. Se marie-t-on par désir profond, parce qu’on partage un projet de vie avec son partenaire, ou parce qu’une pression religieuse, sociale ou morale nous y contraint ? Une cérémonie collective ne devrait jamais devenir un instrument de culpabilisation ou de conformité.

Un autre aspect frappant est la manière dont certains participants s’expriment. On voit des hommes et des femmes faire d’immenses efforts pour prononcer quelques phrases en français, souvent sans en comprendre réellement le sens. Les erreurs deviennent virales, alimentent les moqueries et transforment un moment intime en spectacle. Pourquoi cette obsession de parler français à tout prix ? Pourquoi avons-nous tant de mal à reconnaître la valeur du créole, notre langue maternelle, celle qui exprime le mieux nos émotions et notre identité ? Maîtriser plusieurs langues est une richesse. Mais abandonner la sienne ou chercher à impressionner dans une langue que l’on ne maîtrise pas est une autre histoire. Il n’y a aucune honte à dire « oui » en créole lorsqu’on le pense avec le cœur. La véritable dignité ne dépend pas de la langue que l’on parle, mais de la sincérité de ce que l’on exprime.

Ces vidéos amusent des milliers d’internautes. Pourtant, au-delà des éclats de rire, elles révèlent une réalité plus profonde. Elles mettent en lumière les limites de notre système éducatif, qui laisse encore de nombreux citoyens incapables de s’exprimer avec assurance, que ce soit en français ou même parfois en créole écrit. Elles interrogent également notre rapport à l’éducation, à la culture et à l’estime de soi. Comment expliquer qu’après tant d’années passées sur les bancs de l’école, tant de personnes se retrouvent à réciter des phrases sans les comprendre ? Quel rôle ont joué notre système éducatif, nos institutions, nos églises, nos familles et même les réseaux sociaux dans cette situation ?

Les réseaux sociaux, quant à eux, amplifient le phénomène. Ils ne montrent souvent que les passages les plus embarrassants, ceux qui feront rire et généreront des milliers de vues. Les personnes filmées deviennent des objets de divertissement, tandis que les véritables problèmes passent au second plan : l’accès à une éducation de qualité, la valorisation de notre langue, le respect du libre choix et la compréhension du sens même du mariage.

Le mariage ne devrait jamais être un simple événement destiné à satisfaire une exigence religieuse ou à produire un contenu viral. Il est un engagement sérieux qui repose sur l’amour, le consentement et la responsabilité.

Au fond, ces mariages communautaires nous obligent à regarder notre société dans le miroir. Ils nous invitent à nous demander non seulement pourquoi tant de couples vivent en concubinage, mais aussi pourquoi nous continuons à confondre instruction et diplôme, foi et pression, langue française et intelligence, visibilité sur les réseaux sociaux et véritable progrès. Le débat ne devrait pas consister à se moquer de ceux qui trébuchent sur quelques mots de français. Il devrait plutôt nous conduire à réfléchir à ce que notre société est devenue, et surtout à ce que nous voulons qu’elle devienne.

Myriam Bien-Aimé

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